Le climat international se détériore. L’année 2017 s’ouvre dans une atmosphère de tensions non résolues, elle se caractérise, selon les déclarations du conseiller fédéral Guy Parmelin par l’incertitude et l’instabilité qui nourrit l’inquiétude générale.

L’arrivée au pouvoir d’un président des Etats-Unis en rupture avec les valeurs et les pratiques suivies jusqu’ici par son pays est un facteur de risque pour les relations internationales, du triple point de vue commercial, économique et politique.

Remise en cause agressive

Il fait planer sur l’ONU, les institutions spécialisées et le système international un doute malsain. Avant même d’avoir pris ses fonctions, il remet en cause sur un mode agressif l’existence, la coopération et les échanges avec la République populaire de Chine.

Ses tendances à l’autoritarisme le rapprochent du président de la Fédération de Russie, qui peut l’entraîner à négliger ou à entraver l’évolution de l’Union européenne. Ajoutant à l’anxiété, celle-ci peine à relever les défis auxquels elle est confrontée dans le domaine politique, social, financier, de la sécurité et de l’immigration. Politique, avec la sortie de la Grande-Bretagne et la montée des populismes, social avec la crise persistante du chômage, financier avec celle de l’euro, en dépit d’une reprise – inégale – de la croissance. La menace du terrorisme pèse toujours sur l’UE, ses frontières au sud et à l’Est sont sous pression, l’immigration massive peut recommencer sans délai.

Conférence refondatrice

L’UE est-elle pour autant au bout du rouleau? Dans un court essai décapant, «Sauver l’Europe», M. Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères estime qu’une pause est nécessaire dans la construction européenne avant qu’elle ne soit reprise à la base, afin de retrouver la confiance des citoyens qui s’en détachent de plus en plus.

Il plaide pour une nouvelle «conférence refondatrice», par analogie avec la réunion de Messine qui avait posé les jalons de l’Union européenne en 1955. Définir un intérêt commun des peuples et des pays est un préalable à toute relance de l’Union. L’heure n’est pas à «plus d’Europe» mais à une concertation entre les peuples et les gouvernants.

Scène européenne transformée

Pour la diplomatie suisse, l’attentisme est de mise. Quel sera l’effet Trump sur les relations transatlantiques, sur la situation en Asie et au Moyen-Orient, sur le rôle international de la Russie, sur la fonction de l’ONU et des organisations internationales?

La scène européenne sera elle-même transformée: les élections en France et en Allemagne conditionnent aussi le déroulement des pourparlers entre l’UE et le Royaume-Uni. On commencera à y voir plus clair au début de l’automne 2017 seulement. C’est alors que l’on pourra distinguer les premiers contours de la nouvelle diplomatie américaine, les nouvelles orientations de la politique extérieure française après l’élection d’un nouveau président de la République, et mesurer ses effets sur la relation franco-russe, franco-allemande et sur la politique européenne, y compris vis-à-vis de Londres.

A contretemps

La Suisse a tenu compte de ce contexte troublé en réglant provisoirement son rapport à l’UE: solution autonome du problème l’immigration sous l’angle de la lutte contre le chômage, report de la négociation sur les questions institutionnelles qui restent bloquées. La Suisse abandonne donc la politique de rénovation des bilatérales proclamée en 2012.

On peut regretter que l’élan imprimé il y a quatre ans à la politique européenne de la Suisse soit rompu, en vertu d’une certaine conception de la Realpolitik. Mais alors restons cohérents: il est surprenant que ce soit en ce moment précis que le Conseil fédéral envisage, dit-on, de pérenniser la notion même de relation bilatérale en l’introduisant dans la Constitution fédérale, sans mentionner ladite rénovation. Le Conseil fédéral n’est pas maître du calendrier, dicté par l’initiative RASA: mais c’est une démarche de haut risque entreprise à contretemps.

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