Charivari

La colère est-elle vraiment bonne conseillère?

Il y a, c’est vrai, des saines et saintes colères. Mais, le plus souvent, la frustration est à la base de l’irritation. Et puis, aujourd’hui, les coups pleuvent vite. Notre chroniqueuse apprend à se calmer

J’ai grandi dans une famille où le verbe était haut et la parole musclée. Les désaccords ne se résolvaient – s'ils se résolvaient – qu’après une explosion d’émotions. Je ne me souviens pas de débats sereins, de points de vue échangés sans tremblements à la clé. Peut-être était-ce lié à notre quotidien? Dans une boulangerie, les horaires sont si cadencés que le temps manque pour des paroles nuancées… J’ai grandi en tout cas avec l’idée que la colère était saine, sinon sainte. Que face à l’injustice, l’incompétence, la mauvaise foi, etc., le coup de gueule était plus que légitime, il était la loi.

D’ailleurs, je bous encore quand j’assiste à des scènes indignes et j’interviens avec mes maigres moyens. J’ai, comme on dit, du tempérament et qui vient me chercher me trouve rapidement. C’est un héritage dont j’ai été fière longtemps, car, à mes yeux, la vie ne vaut d’être vécue que si elle est engagée, entière, arrimée à des convictions défendues sans flottement.

Mots hauts, coups bas

Mais je suis en train de changer. Déjà, parce qu’en matière d’emportement, j’ai trouvé plus fort que moi, et lorsqu’on voit la fureur en miroir, elle est nettement moins glamour. Je change surtout parce que la colère vintage, celle de mon enfance, n’était pas assortie de coups. Dans la rue, le ton montait, les paroles mordaient, mais le corps n’était jamais menacé.

Aujourd’hui, la barrière est tombée. Entre l’agressivité orale et la charge physique, la digue (de la bienséance?) a cédé, et souvent les poings viennent relayer ce que l’éloquence mal outillée peine à exprimer. Autrement dit, si on parle haut, on peut se prendre un coup bas et comme je ressemble plus à de Funès qu’à Gabin – je m’adresse aux anciens –, j’arrête de l’ouvrir de peur de recevoir un pain.

L’adversaire, ce compagnon de réflexion

Mais ce n’est pas la seule raison. J’ai pris la colère en grippe, car j’ai réalisé qu’elle était plus souvent l’expression d’une frustration que le fruit d’une courageuse mobilisation. Elles sont rares, les vraies, bonnes colères d’indignation! Et puis, il y a déjà tant de bruit, tant d’agitation… La solution? Respirer, écouter, reformuler sans envie de blesser. C’est dur, mais c’est si bon! On se sent plus grand, plus fort aussi. Attention, il ne s’agit pas de verser dans la colère froide, aseptisée. Il s’agit d’un courant chaud qui fait de l’adversaire un compagnon de réflexion. Le mantra à se répéter: «Son avis est digne d’intérêt, je l’écoute et j’arrête d’aboyer.» Et si la zen attitude ne fonctionne pas, on peut toujours penser à Sacha Guitry: «Je ne me mets jamais en colère, disait-il, car je m’aime trop pour me mettre hors de moi.» Rire pour ne pas rugir, ça va aussi.


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