L’autre jour, optant pour un footing vespéral plutôt que matinal, j’ai enfilé une jaquette réfléchissante afin de ne pas me fondre dans la nuit. Puis, tandis que je courais, je me suis soudainement rendu compte que je portais un gilet jaune. Et comme lorsque je cours, mon esprit vagabonde, je me suis mis à penser à ce mouvement populaire qui, chaque samedi depuis le 17 novembre, envahit les rues de France.

J’aime le débat, les joutes oratoires lorsqu’elles passent par un discours construit, fait d’arguments, de contre-arguments et de soudaines assertions. En matière de débat, la France a une longue tradition. De même qu’elle est a un passé révolutionnaire. La France, c’est le pays de Talleyrand et de Voltaire, mais aussi des sans-culottes. Le mouvement des «gilets jaunes», c’est un peu tout ça, avec d’un côté des intellectuels y allant de leur analyse hors sol, et de l’autre des citoyens exsangues.

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Me sont alors revenues les images de ces ronds-points occupés, de ces rues bloquées, de ces défilés voyant un peuple exprimer son ras-le-bol du présent et ses craintes du futur. Avec pour conséquences des centres commerciaux difficilement accessibles et des magasins contraints de fermer leurs portes. Ce qui veut dire que tout en dénonçant des emplois précaires, des salaires de misère et une paupérisation endémique, entre autres revendications, les manifestants ont empêché des salariés d’aller gagner leur vie et des clients d’aller injecter leur argent dans l’économie locale. Est-ce la meilleure solution pour se faire entendre? Sûrement pas. Est-ce la seule? Peut-être bien.

Touche pas mon droit de réponse!

La France est un grand pays de culture. Mais c’est aussi une ancienne monarchie à la structure pyramidale, avec des puissants très puissants et des faibles qu’on n’écoute pas. C’est cela que met, pour moi, en lumière le mouvement des «gilets jaunes». Observant Macron tétanisé lors de sa première allocution officielle, j’y ai vu comme un dialogue impossible. Le roi dans son château, le peuple aux barricades. J’ai parfois eu mal à ma Suisse, en 2014 suite à l’acceptation de l’initiative «Contre l’immigration de masse», en 1992 suite au refus de l’adhésion à l’Espace économique européen – avec à chaque fois cette même courte majorité: 50,3%. Mais en Suisse, au moins, on dialogue via les urnes. En courant avec mon gilet jaune, j’ai eu cette certitude: jamais je n’aurai besoin d’être un «gilet jaune» ne sachant pas quoi faire pour me faire entendre. La France est un grand pays de culture, mais il faut qu’elle retrouve celle du dialogue. En gros, il faudrait qu’elle muselle Cyril Hanouna et Touche pas à mon poste! puis ressuscite Michel Polac et Droit de réponse.


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