Lorsqu’il agite le contenu d’une fiole d’anthrax devant le Conseil de sécurité des Nations unies, en 2003, le secrétaire d’Etat américain Colin Powell s’en prend à un pays, l’Irak, qui est déjà totalement à genoux, et dont les divers lambeaux ne tiennent que sous la férule du dictateur, Saddam Hussein. Sa prestation – qui vise à prouver l’existence d’armes irakiennes de «destruction massive» – ne convainc pas grand monde. Mais chacun pressent, avec raison, que le pire est encore à venir.

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Colin Powell, qui est mort lundi des suites du Covid-19, ne le savait pas à l’époque. Mais, après l’immense désastre qu’a représenté l’invasion américaine, et alors que l’Irak continue à ne pas aller très fort, un autre géant arabe allait ensuite connaître un sort comparable. Après dix ans de guerre, la Syrie de Bachar el-Assad est maintenant un pays en ruine, détruit, démembré, vidé de la moitié de ses habitants, sans espoir et sans vie.

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Apprentis sorciers

Le parallèle, aujourd’hui, mérite d’être tracé. Pour s’être prêté au jeu des apprentis sorciers néoconservateurs, et avoir permis le déchaînement de la foudre, l’ancien responsable américain a contribué à saccager ce qui restait de l’Irak, à déstabiliser ses voisins et à faire s’abattre sur la région des plaies innombrables. En Syrie, l’ancien ophtalmologue Bachar el-Assad, lui, est arrivé au même résultat pratiquement tout seul, du moins dans un premier temps, avant que la Russie et l’Iran ne l’aident à parachever l’exercice.

Folie interventionniste américaine, d’un côté; manque de courage, de cohérence et non-respect des «lignes rouges», de l’autre: comme dans un mouvement de balancier, le rôle des Etats-Unis, déterminant dans les deux cas, s’est révélé coupable dans des excès contraires. Devant l’ampleur des dégâts en Irak, les Américains ont fait mine de vouloir tourner la page comme si de rien n’était. L’actuelle administration de Joe Biden tente grosso modo la même manœuvre en laissant, mine de rien, la Syrie de Bachar el-Assad (ou au moins ce qu’il en reste) se «normaliser» progressivement.

Colin Powell a emporté avec lui la honte que lui avait value son mensonge devant l’ONU, et qu’il n’avait plus aucun mal à reconnaître. Or, faire de la Syrie d’Assad un pays «normal» est une honte du même acabit. C’est faire injure à l’histoire et à des millions de Syriens.