Ces collectifs qui dansent sur le ventre des autorités

A Genève et à Lausanne, la pression de «collectifs» divers et variés fait plier les autorités constituées. Les médias s’en émerveillent. Fin de la démocratie?

On ignore qui sont les plus malins: les requérants d’asile éry­thréens et somaliens, professionnels de la revendication et de l’arrogance, ou les «collectifs» anonymes qui les représentent. Ce qui est sûr, c’est que les autorités constituées – Conseil d’Etat et Conseil administratif à Genève, Conseil synodal et municipalité à Lausanne – n’imaginent même pas résister sous les pressions: courage, cédons sur toute la ligne!

A Genève, les autorités ont pris le risque d’exclure désormais, de facto, le recours aux abris de protection civile pour héberger les futurs tsunamis de requérants que va connaître la Suisse. Par sa décision de loger les requérants dans des locaux occupés par Onusida plutôt que dans des abris PC, le Conseil d’Etat a admis que ce type d’hébergement d’urgence était effectivement «indigne», et s’interdit donc désormais de recourir à ce type d’hébergement. Faute politique majeure, évidemment, et qui pourrait avoir des conséquences dans les autres cantons.

A Lausanne, le Conseil synodal se laisse danser sur le ventre par les requérants qui occupent une église (tous de bons chrétiens sans doute), multiplie les ultimatums tout en sachant qu’ils ne seront pas respectés, et se couche sous la pression d’un de ces inénarrables «collectifs» où l’extrême gauche trouve les bribes de pouvoir que les électeurs lui refusent obstinément.

Opposés à l’application des Accords de Schengen et de Dublin, et au renvoi de requérants dans des pays aussi peu sûrs que la Suède, les «collectifs» imposent ainsi leurs vues à la société, avec une déconcertante facilité, et bien entendu en dehors de tout contrôle démocratique, sans autre légitimité que celle qu’ils s’accordent à eux-mêmes. Sans doute nous diront-ils qu’ils n’ont pas besoin de l’aval du peuple, car ils sont le peuple… Dire que les politiciens élus par le vrai peuple, eux, doivent faire des interpellations, des motions et autres démarches compliquées pour, finalement, ne rien obtenir au bout de trois ans!

Dès lors, on se demande s’il est bien utile de voter encore cet automne. Une Assemblée fédérale, pour quoi faire? Des lois? Des lois qu’une poignée de militants anonymes peut décréter nulles et non avenues? Des Conseils d’Etat et des Grands Conseils dont les décisions ne seront pas appliquées, si quelque «collectif» le décide? Qu’on y prenne bien garde: demain, on pourrait bien voir naître des «collectifs» d’obédience ouvertement antidémocratique, profitant de la veulerie des élus et de la fragilité du système démocratique pour imposer leur vision de la société. L’Histoire finit toujours par repasser les plats, hélas.

Pourquoi voter des lois qu’une poignée de militants peut décréter nulles et non avenues?

Journaliste, fondateur du site Commentaires.com, où ce texte est paru initialement

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