Une majorité d’Américains pourraient être tentés de pousser un soupir de soulagement. Ce lundi 14 décembre, les grands électeurs vont confirmer la nette victoire de Joe Biden à la présidentielle du 3 novembre. Or ils auraient tort de se réjouir trop tôt. La démocratie états-unienne n’est pas sortie de l’ornière. La guérilla menée par Donald Trump et ses suppôts visant à renverser le verdict certifié des urnes aura de graves conséquences politiques. Elle va peut-être saper durablement la stabilité des futurs processus électoraux.

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Si la justice a joué son rôle de contrepoids face à la dérive autoritaire de la Maison-Blanche en rejetant une cinquantaine de plaintes pour des fraudes jamais avérées, l’intégrité du scrutin a aussi été sauvée par quelques individus, des républicains chargés du processus électoral, qui ont résisté aux pressions du camp Trump pour remplir leur devoir civique. Mais rien ne dit que, dans quatre ans, ces responsables seront les mêmes et auront la même éthique.

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Aux côtés de Trump, le Parti républicain porte une très lourde responsabilité dans la fragilisation politique du pays. Ayant jeté toutes les valeurs qui faisaient de lui l’un des garants de l’Etat de droit, il est de plus en plus antidémocratique. Composer avec lui sera une vraie gageure pour Joe Biden.

Le collège électoral est l’autre poison, plus lent, injecté depuis plus de deux siècles dans les veines de la démocratie états-unienne. Si ce système d’élection indirecte du président était censé éviter d’élire un tyran, aujourd’hui, la menace est inverse. La présidentielle 2020 a montré qu’avec un dirigeant autoritaire comme Trump, qui sait utiliser le collège électoral à son avantage, il ne sera plus impossible, à l’avenir, de renverser une élection. L’écart croissant entre le vote populaire et celui des grands électeurs devient problématique. Avec ce système, la présidentielle ne se déroule réellement que dans une dizaine d’Etats pivots qui basculent dans un camp ou un autre selon les scrutins. Dans la quarantaine d’autres Etats, les électeurs minoritaires sentent qu’ils ne comptent pas. Le vote devient un privilège géographique.

L’élection directe du président par le peuple et l’abolition du collège électoral deviennent impératives. C’est là la quadrature du cercle. Les petits Etats comme le Wyoming ne sont pas prêts à renoncer au privilège de compter bien davantage que leur poids réel. Il y a eu jusqu’ici 700 tentatives de réformer ou d’abolir le collège électoral. Le dernier essai sérieux fut en 1969. Le seul antidote au délitement démocratique qui reste aux Américains, c’est la bonne foi de ses représentants électoraux et judiciaires. Cela reste bien fragile.