Plus le tam-tam résonne, plus il est creux. C'est ce qu'on se dit en lisant les arguments américains pour exiger des listes complètes de clients d'UBS, au mépris du secret bancaire. Sur la base du témoignage unique et très partiel d'un «repenti» douteux, de vagues rapports sentant la naphtaline et de soupçons aussi massifs que peu étayés, une cour de Floride a cru bon d'encourager le fisc dans sa pêche aveugle aux fraudeurs.

Sans doute les Etats-Unis ne sont-ils pas dupes de leurs chances de succès. Passée à la moulinette de l'entraide administrative et judiciaire, la démarche se limitera à un échange d'informations beaucoup plus ciblé que ce qui est évoqué aujourd'hui.

On n'en assiste pas moins à une nouvelle collision entre deux systèmes juridiques. Et à chaque fois que le suisse s'est frotté à l'américain, par exemple dans la négociation du statut d'«intermédiaire qualifié» pour les banques, il y a perdu des plumes. C'est le prix (élevé) à payer pour faire des affaires aux Etats-Unis.

L'autre choc est médiatique. Bombardés d'articles suggérant la capitulation prochaine du secret bancaire, les contribuables américains qui ne seraient pas en règle avec le fisc sont fortement incités à le faire. Les explications - toujours compliquées - du gouvernement et des banquiers suisses n'y changeront rien. La banque privée «offshore» a vécu ses beaux jours.

La Commission de l'économie du Conseil des Etats a raison de s'inquiéter des conséquences qu'auront les déboires fiscaux d'UBS aux Etats-Unis. Dick Marty, qui en fait partie, rappelle qu'il a prêché quinze ans dans le désert en faveur de lois anti-blanchiment crédibles avant que les banques se résignent à les adopter - pour s'en féliciter aujourd'hui.

De la même manière, certaines banques devraient réfléchir avant de payer (cher) le premier cow-boy venu pour prospecter le terrain souvent miné des nouveaux riches. Ce modèle d'affaires a moins d'avenir que ne le disent les études sur papier glacé.

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