Touristes imaginaires

Le colon candide

Tous les vendredis de l’été, notre chroniqueuse arpente les bonnes et les mauvaises habitudes en vacances

Ancien assureur reconverti en coach de vie, Enzo aime aller à la rencontre des cultures. Bon, pas toutes. Il préfère à la tradition bavaroise les joyeux bordels amalgamés type pub pour gel douche où un mannequin malgache se fait mousser sous une chute d’eau chilienne sur fond d’I Muvrini.

Sensualité, sagesse millénaire, joie de vivre, les pays qu’il traverse n’ont semble-t-il pas d’ambitions en dehors de constituer une toile de fond exotique aux congés payés occidentaux. Entre mystère et tradition, ils savent guider l’homme blanc sur le chemin de la réconciliation avec soi, le temps d’une rencontre magique, un peu comme quand le héros d’un film croise Morgan Freeman au détour d’un banc public.

Cinquante pour cent bouddhiste, 50% Yann Arthus-Bertrand, Enzo ne fait qu’un avec le monde, mais de loin. Il n’est évidemment pas raciste, puisqu’il vote à gauche. Et quand certains esprits chagrins voudraient lui faire remarquer que clamer son amour des Asiatiques sans distinctions individuelles, pas même pour Pol Pot ou Godzilla, ça revient un peu au même que de dire qu’on ne les aime pas en bloc, il hausse les épaules dans sa chemise col Mao. Il le sait bien, lui, que les locaux l’adorent, tout comme les immigrés d’ailleurs, auxquels il voue un respect infini.

La preuve: il prend toujours le temps de dire «shukran» à la fin d’une course quand le chauffeur de taxi semble venir d’un pays arabe, même quand il est iranien.

Ça part d’une bonne intention, mais on est en droit de se demander si beaucoup de Cambodgiens ont des photos de paysans GRTA en train de porter des fanes de radis en noir et blanc dans leur salon? Ou si ça ne lui ferait pas bizarre, à Enzo, de se retrouver encadré avec son maillot du Lausanne Sport dans le salon d’un Cubain parce qu’il a «un si beau regard»?


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La fourchette dans l’œil

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