Editorial

A Hongkong, ce n’est qu’un début

A Hongkong, l’alliance des élites économiques et du Parti communiste chinois a eu raison des manifestants pro-démocratie. Hier, les dernières tentes et barricades ont été démantelées. Après onze semaines d’un mouvement de désobéissance civile qui a attiré, à son pic, des dizaines de milliers de personnes, les rues de la capitale financière de l’Asie sont à nouveau dégagées. Qu’en restera-t-il? Faut-il y voir un nouvel échec du camp libéral après l’enlisement des Printemps arabes? Est-ce un signal supplémentaire de ce reflux autoritaire qu’incarnent si bien Xi Jinping et Vladimir Poutine sur la scène internationale?

Pas si vite. Première bonne nouvelle, à aucun moment, malgré les provocations des casseurs de grève, Hongkong n’a sombré dans le chaos. Jusqu’à la fin, les leaders étudiants s’en sont tenus à une stricte non-violence. De même, les autorités hongkongaises n’ont pas cédé à un recours trop brutal à la force policière. C’est à souligner. L’évacuation elle-même a été ordonnée par la Haute Cour de Hongkong, saisie par une compagnie de bus et des commerçants. Pour rétablir l’ordre, la légalité, du moins en apparence, a été respectée.

Les Hongkongais qui revendiquent un véritable suffrage universel n’ont rien obtenu de plus que ce que leur offre Pékin: une forme de démocratie censitaire où les candidats à une élection doivent faire allégeance au parti unique. Un progrès, rappelle la Chine, si l’on songe aux gouverneurs envoyés autrefois par Londres. Le problème, c’est que ce discours peine aujourd’hui à tromper son monde.

Les trublions de l’ex-colonie britannique sont certes rentrés dans le rang, essoufflés, épuisés, de plus en plus isolés. Mais pas résignés. Si les pro-Pékin peuvent célébrer l’échec de la rue, ils s’illusionnent en imaginant que les choses en resteront là. En quelques semaines, Hong­kong s’est transformée. Face à l’érosion des libertés, à l’arbitraire, le sursaut des Hongkongais témoigne d’une prise de conscience. Et tout indique que ce mouvement démocratique n’en est qu’à ses débuts.

Ce combat sera long. Il se jouera à Pékin bien davantage qu’à Hongkong. Mais l’ex-colonie sert désormais, avec Taïwan, d’aiguillon pour le reste de l’espace chinois. Dans un monde interdépendant où la Chine pèsera de plus en plus, ce combat nous concerne aussi très directement.