Ils n’ont connu que Vladimir Poutine à la tête de la Russie, et la guerre froide ne s’apparente probablement pour eux qu’à quelques pages d’un livre d’histoire. Les femmes et les hommes de moins de 25 ans, nés dans un monde occidental qui semblait avoir oublié les deux guerres mondiales, sont brutalement rattrapés par le passé, l’époque de leurs grands-parents.

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Lundi matin, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’adressait à son peuple en usant des codes de la génération Z. Son téléphone braqué à travers les rideaux pour montrer qu’il est encore bien à Kiev ce matin-là, il retourne ensuite son appareil, se filme, murmure, puis, s’éloignant de la fenêtre, nous conduit par un couloir jusqu’à son bureau présidentiel. Il pose son téléphone et enchaîne son discours à la nation face caméra, façon 2022.

L’exemple d’Alex Hook

Sur les réseaux sociaux, les soldats ukrainiens font de même. Alex Hook, positionné dans le Donbass, se met en scène avec ses camarades de guerre, armés, en train de danser sur des chansons de Nirvana avant de partir au combat; 4,3 millions d’abonnés le suivent sur TikTok et likent ses publications. Surréaliste pour les plus de 45 ans, normal pour les millennials.

Le récit enveloppant la guerre n’est pas nouveau. De tout temps, les généraux en ont façonné pour saper le moral de leurs adversaires ou galvaniser leurs troupes. Des monarchies de l’Antiquité grecque qualifiaient les Perses de décadents et les Celtes de barbares, rappelle Stephanie Lamy, spécialiste des stratégies de désinformation. De tout temps, les renseignements ont fait partie des armes à maîtriser. Le Kremlin a coupé l’accès des Russes aux réseaux sociaux et instauré une loi conduisant la plupart des médias occidentaux à cesser leur travail ou quitter le pays. Les principaux réseaux, de leur côté, ont suspendu les comptes des médias d’Etat russes Russia Today et Sputnik en Europe.

Un déluge visuel

Si d’autres guerres ont déjà été vécues en direct, celle-ci nous projette encore un peu plus loin dans les tranchées et au fond des abris. Pris dans ce déluge visuel de bâtiments en feu, de bombardements et de réfugiés jetés sur les routes, nous découvrons tous avec effarement que la guerre défilant sur nos portables se déroule à notre porte. Le monde a basculé en l’espace de quelques heures et nous observons les soubresauts de celui qui se dessine. Les certitudes d’avant la pandémie ont éclaté, l’histoire ne cesse de nous surprendre.

La rédaction du Temps cherche à la raconter tous les jours, dans le crépitement de l’actualité. Le contenu spécial préparé aujourd’hui est l’occasion de redonner le contexte. Pour la génération née après le 11 septembre 2001 et pour tous ceux qui cherchent à ralentir, quelques instants, la pulsation de ce conflit insensé.

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