Ma semaine technologie

Combien de temps me reste-t-il à vivre?

La prévision s’avère une activité compliquée, surtout quand il s’agit de l’avenir… et de médecine. Ou comment les docteurs se sont trompés sur mon compte et moi avec

Combien de temps vais-je rester du côté des vivants? C’est la question que je me suis posée en 2011 alors que je travaillais pour une autre publication. J’avais alors effectué – à ma demande – une sorte de stage dans une clinique pour savoir quand j’allais mourir. «Quelle requête iconoclaste!»: les médecins me regardaient alors un peu interloqués. A l’ère du better aging et du life enhancement, il fallait qu’un journaliste se pose la question de la fin… finale, en quelque sorte. Ils avaient fini par obtempérer en me proposant de passer tous les tests possibles et surtout inimaginables pour tout hypocondriaque qui se respecte. Moi qui suggérais depuis des mois ce reportage à la rédaction – sans aucune réaction –, je me suis finalement jeté à l’eau.

Résultat: l’enquête a été passionnante. Pensez donc, nous avions même pu établir un pronostic! Je savais quand j’allais mourir. Malheureusement, l’estimation s’est révélée fausse. Alors que l’on avait prévu que je trépasserais à 78 ans, j’ai bien failli ne plus être de ce monde suite à une crise cardiaque survenue pendant les dernières fêtes de fin d’année à 48 ans. Soit 30 ans trop tôt.

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Les examens passés en 2011 montraient pourtant des signaux très clairs: il fallait prendre soin de ce cœur, notamment en se mettant au sport. Ce que je n’ai pas fait, je n’ai donc à m’en prendre qu’à moi. Reste que cette expérience montre les limites de la technologie et notamment des outils de prédiction en médecine. Personne ne peut prévoir quand ce sera la fin pour vous. C’est vrai pour les soignants à qui j’ai forcé la main pour réaliser cet article à l’époque. C’est vrai aussi pour leur tout jeune confrère qui m’a vu à Noël aux urgences et qui m’a laissé repartir avec une boîte de paracétamol. Est-ce que je leur en veux? Non, car je suis et je reste un techno optimiste: quand la science ou la technologie déraille, il faut accepter la part d’inattendu.

Mais la question s’avère plus vaste. La médecine, dans ce qu’il y avait à l’époque de plus personnalisé, n’a pas anticipé qu’un accident sérieux allait survenir pour moi dans les dix ans à venir. C’est le signe que tout doit être fait en amont pour ne pas devenir un patient. Une meilleure alimentation et suffisamment de sport permettent de maintenir un bon niveau de santé. En termes de politiques publiques, la prévention doit être renforcée. Si cela ne se fait pas assez, c’est en partie la faute des médias, nous qui adorons les récits spectaculaires. Pour caricaturer, il faudra être meilleur dans la séquence où les gens mangent sainement et bougent plutôt que dans celle qui montre un sauveteur descendre en rappel d’un hélicoptère avec un défibrillateur.

Les médecins ne s’étaient peut-être finalement pas trompés à l’époque. Ils me donnaient jusqu’à huit ans de vie supplémentaire si je me mettais à exercer une activité physique. Je vous fais signe si j’arrive à 86 ans.

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