Ces guitares évanescentes, cette voix suave, ces mélodies éthérées et enivrantes. En quelques secondes, on plane. L’album s’intitule sobrement «Slowdive», il sort le 5 mai et il s’agit du premier enregistrement du groupe éponyme depuis «Pygmalion» en 1995. A cette époque, on ne parlait pas encore de dream pop, mais de shoegaze – littéralement «le regard sur les chaussures». Une manière de qualifier une génération de groupes britanniques portés sur les guitares et regardant avant tout leurs pédales à effets.

Ces harmonies denses et tranchantes, cette voix sombre et désenchantée. Instantanément, on frissonne. Le disque s’appelle «Damage and Joy» et a marqué il y a quelques semaines le grand retour de The Jesus and Mary Chain après un silence de dix-neuf ans. Apparue au mitan des années 1980, la formation écossaise avait fait le lien entre la scène new wave et la vague shoegaze.

En juin prochain, c’est un autre retour qu’on guettera de près: celui de Ride, groupe formé du côté d’Oxford il y a près de trente ans, dissous il n’y a pas loin de vingt ans et qui s’apprête à sortir son cinquième album. Tout comme Slowdive et The Jesus and Mary Chain, Ride a commencé par remonter sur scène avant de se dire que tiens, pourquoi ne pas graver, tant qu’à faire, quelques nouvelles chansons.

Le come-back est à la musique ce que le remake est au cinéma: une valeur refuge, un moyen de faire vibrer la corde nostalgique, de rassurer. En 1968 déjà, on présentait le show télévisé Elvis comme un come-back, celui d’un King of Rock’n’roll absent des scènes depuis plusieurs années et au trône vacillant après l’invasion de quatre Anglais dans le vent.

En 1992, le retour du mythique Velvet Underground était plus stupéfiant encore. Alors que le lunatique Lou Reed avait juré ne plus jamais vouloir rejouer un titre comme «Heroin», et insultait même les spectateurs qui avaient l’outrecuidance de le lui demander lors de ses concerts solos, le voilà qui l’interprétait dans des stades, en première partie d’une tournée grand-guignolesque et pathétique de U2.

Le phénomène des come-back musicaux s’est fortement accéléré depuis une quinzaine d’années, de nombreux groupes des années 1980 et 1990 reprenant la route pour la plus grande satisfaction de leurs fans et des nouvelles générations qui ne les ont jamais vus. Mais seul un artiste a osé dire qu’il repartait au front pour l’argent: Black Francis, des influents Pixies, groupe de référence de Kurt Cobain que l’on verra cet été pour la deuxième fois au Paléo.

Car oui, tout ça n’est qu’une affaire de gros sous. Mais dans le fond, peu importe. Voilà un des effets collatéraux positifs du boom du marché du live, qui permet aux musiciens de compenser en partie par la scène les pertes liées à la baisse des ventes de disques. Et à chaque génération sa madeleine: si je me réjouis aujourd’hui des retours de Ride et Slowdive, ma fille guettera peut-être dans vingt ou trente ans les come-back de Rage’n’Bone Man ou de Kaleo.


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