Éditorial

La comédie française ne fait plus rire

ÉDITORIAL. «La Ch’tite Famille», nouvelle réalisation de Dany Boon, est le symbole de l’inexorable déclin du cinéma comique populaire français

A quoi mesure-t-on la qualité d’une comédie populaire? A ses résultats au box-office ou à sa réception par la critique? En matière de billets vendus, il faut en tout cas l’admettre, Dany Boon reste en pole position. Il y a dix ans, il battait le record historique de La Grande Vadrouille avec Bienvenue chez les Ch’tis, devenu avec ses plus de 20 millions d’entrées le film français le plus vu sur ses terres. Et il y a un an, même si Raid dingue attirait cinq fois moins de monde dans les salles, il n’en était pas moins le film indigène le plus vu en 2017.

Cette année, le scénariste-réalisateur-acteur renoue avec le Nord dans le but de tenter un nouveau carton: La Ch’tite Famille sort ce mercredi, et tout ce qui fonctionnait dans Bienvenue chez les Ch’tis tourne ici à vide. Ce film au scénario d’une incroyable paresse pose cette question: pourquoi la comédie française populaire actuelle est-elle si faible? D’un côté, elle multiplie les personnages de ploucs et de beaufs, dont tout le monde peut rire (Camping, Les Tuche); de l’autre, elle tente avec peine de se faire passer pour irrévérencieuse en plagiant la comédie américaine (Babysitting, Alibi.com); et au milieu, une foultitude de films anodins (A fond), agaçants (Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu?) ou à la limite du regardable (Brillantissime).

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Le cinéma est né en France. Max Linder en fut la première grande vedette comique. Plus tard, alors que des poètes du gag comme Jacques Tati ou Pierre Etaix connaîtront moult déboires commerciaux, Gérard Oury, Georges Lautner ou plus tard Francis Veber signeront des films populaires tout sauf indignes. Or, aujourd’hui, plus rien ou presque. Pour une réussite comme Le Sens de la fête, comédie finement écrite qui derrière le rire propose une satire sociale, combien de productions qui, à l’instar de La Ch’tite Famille, prennent les spectateurs pour de bons payeurs mettant leur cerveau en veille dès qu’ils pénètrent dans un multiplexe?

Le problème est structurel: les studios, jadis pilotés par des cinéphiles, sont de plus en plus dirigés par des financiers qui estiment que le succès passe par la bêtise et l’absence de prise de risque. Or, en multipliant les films qui laissent un désagréable arrière-goût de déjà-vu, ils ne font que creuser le fossé entre un cinéma populaire démago et un cinéma d’auteur peu vu. Avec, au milieu, un grand vide.

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