La bousculade des prétendants. Ils avaient jusqu’au 15 août minuit pour se déclarer, soigner leurs syntaxes et leurs dossiers de candidature à la direction de la Comédie de Genève. Désormais, la Fondation d’art dramatique (FAD) et sa présidente, l’avocate Lorella Bertani, connaissent les noms des artistes, productrices et producteurs qui briguent le fauteuil occupé depuis 2017 par la comédienne Natacha Koutchoumov et le metteur en scène Denis Maillefer. Ce tandem aurait pu poursuivre au-delà du terme de son premier mandat, qui expire en juin 2023. La première a choisi de ne pas continuer. Le second, lui, postule pour un second quinquennat, comme il l’a dit au Temps.

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Pourquoi ce concours enfièvre-t-il les esprits? La Comédie, qui se déploie depuis 2020 tel un géant de verre sur la gare souterraine des Eaux-Vives, s’est imposée d’emblée comme une grande maison européenne, au même titre que le Théâtre de Vidy à Lausanne. Ses atouts sont, de fait, considérables: une subvention de 12,8 millions – sur un budget de 16 millions –, deux salles superbement équipées et des ateliers de construction intégrés en font une fabrique de rêve.

Ces appas attirent loin à la ronde. Mais pour avoir leur chance, les ambitieux devront prendre en compte un contexte nouveau. En Suisse romande, comme ailleurs, l’après-pandémie a été marqué par une avalanche de spectacles, ce qu’on a appelé «une surchauffe». La profession, d’après un rapport récent de la Commission romande de diffusion des spectacles (Corodis) s’est fragilisée. Beaucoup en appellent à une décroissance: moins de pièces, mais exploitées plus longuement.

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L’équilibrisme sera donc la loi. La future direction de la Comédie sera fildefériste ou ne sera pas: il lui faudra continuer à faire briller l’institution, pour qu’elle reste l’ambassadrice d’une petite région dont la grandeur tient à sa puissance de création dans tous les domaines, artistique en particulier; mais aussi réinventer ses modes de production, pour qu’ils soient mieux adaptés aux réalités de l’époque. En somme, l’ambition d’un héros cornélien alliée à la rigueur hardie de Greta Thunberg.

L’art du casting est de surprendre. En 2016, la FAD misait sur un tandem sans expérience à ce niveau, au carnet d’adresses modeste. L’expérience s’est révélée heureuse. Le château de verre des Eaux-Vives est hautement désirable. Choisir sa direction, c’est prolonger un élan, c’est surtout dessiner la carte théâtrale du futur, pour Genève et la Suisse romande. Le verdict est attendu en décembre. Le moment est historique. Les enfants de Shakespeare aiment ça.

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