«La pandémie de Covid-19 affecte même les événements les plus solennels», observe la chaîne de télévision NBC, que relaie Courrier international. Dix-neuf ans après les quatre attentats suicides du 11-Septembre perpétrés le même jour aux Etats-Unis et provoquant la mort de 2977 personnes – dans le centre de Manhattan à New York, à Arlington et à Shanksville en moins de deux heures –, «les célébrations seront sensiblement différentes des autres années», précise-t-elle.

Au cœur de la Grosse Pomme, «la tradition établie par le Memorial Museum consistant à faire lire à haute voix les noms des victimes par les membres de leur famille depuis une scène érigée sur Memorial Plaza a été abandonnée. Les noms ont été préenregistrés et seront diffusés par haut-parleurs, pour éviter les rassemblements. La décision a provoqué l’émoi de nombreuses familles de victimes, qui ont décidé d’organiser leur propre lecture, non loin de Memorial Plaza, en respectant les consignes de distanciation sociale.» Les deux fameux rayons de lumière, en hommage aux victimes, ne seront pas installés, car les techniciens ne peuvent pas travailler dans des conditions sanitaires sûres.

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Dans le contexte d’une présidentielle toute proche, il va falloir «se poser en leader et éviter de gâcher ce moment d’unité nationale […]. Donald Trump et Joe Biden tenteront l’exercice […] en se succédant sur le site du crash d’un des avions détournés par les djihadistes en Pennsylvanie, Etat clé» pour le scrutin du 3 novembre prochain, indique Le Figaro, avec l’agence Associated PressLe Soir de Bruxelles précise qu’ils «vont se croiser en Pennsylvanie, non loin de Shanksville, là où […] un Boeing 757 détourné par quatre terroristes d’Al-Qaida en vue d’un attentat suicide sur Washington D.C. s’était écrasé en rase campagne, à la suite d’une mutinerie des passagers et des membres d’équipage».

«Ces commémorations ne devraient pas donner lieu à des coups d’éclat, souligne Robert Shapiro, professeur de sciences politiques à l’Université Columbia: les cérémonies du 11-Septembre sont traditionnellement dépourvues de rhétorique politicienne, consacrées à l’hommage aux victimes des attentats. Elles n’en sont pas moins des événements très médiatisés, où le seul fait d’être présent, de montrer leadership et empathie permettent de marquer des points, dit cet expert. Donc [les candidats] saisissent l’occasion, tout en mettant temporairement une sourdine aux habituelles attaques au vitriol.»

Quoi qu’il en soit, presque deux décennies plus tard, «le 11-Septembre reste synonyme d’héroïsme des New-Yorkais. Les dirigeants new-yorkais répètent, selon l’Agence France-Presse, que c’est grâce à leur «résilience» que la ville a, depuis un mois, ramené sous 1% le taux de contamination d’un virus qui a tué plus de 23 000 New-Yorkais. Mais tous soulignent aussi, comme le gouverneur Andrew Cuomo mardi, que cette résilience est désormais mise à rude épreuve par les «effets secondaires», économiques et sociaux, de la pandémie.»

«Bruno Dellinger, 59 ans, était au 47e étage de la tour nord du World Trade Center le 11 septembre 2001. Il ne comprend toujours pas pourquoi lui a survécu», raconte aujourd’hui Télé Star. Ce fut pour lui «une journée de détresse infinie, de peur, de chaos. Un statut que je n’aime pas: celui de victime. C’est une journée anniversaire de quelque chose d’horrible. Et de médiocre»…

… C’est une journée que je vois toujours approcher avec un peu d’angoisse, encore aujourd’hui

Pour l’essayiste français Guy Sorman, enfin, sur le site Contrepoints.org, «le 11 septembre 2001, Ben Laden et sa mouvance ont gagné une bataille et perdu la guerre, une guerre qui opposait les musulmans à d’autres musulmans: c’est l’occidentalisation du monde qui était en jeu». Ce n’était «pas tant un acte militaire que mystique: Ben Laden n’envisageait évidemment pas de conquérir l’Amérique. Mais […] il espérait […] que l’attentat contre New York frapperait les Américains au point qu’ils se replient sur eux-mêmes et renoncent à soutenir leurs alliés arabes. Les peuples arabes libérés de la tutelle des despotes pro-Occidentaux se seraient alors ralliés en masse à leur nouveau guide.»

Et de poursuivre: «Le 11-Septembre n’était donc pas, dans l’esprit de son auteur, un acte de terrorisme gratuit ainsi qu’on le qualifie en Occident, mais une guerre symbolique contre le Mal […]: un mélange de mystique et de politique, comme l’est le mouvement islamiste tout entier. Mais Ben Laden s’est évidemment trompé sur la réaction américaine: George W. Bush ne pouvait pas accepter un second Pearl Harbour sans réagir, […] la réaction ne pouvait être que militaire. Les Etats-Unis sont une nation martiale peu portée à la négociation, ce que n’ont toujours pas compris les Européens qui auraient préféré des opérations de police plutôt que la guerre.»


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