Nouvelles frontières

La «communauté internationale» face au Xinjiang

OPINION. Pékin a infligé une lourde défaite au camp «occidental» à l’ONU sur la question des droits de l’homme. Avec le silence complice de Berne, écrit notre chroniqueur Frédéric Koller

Cette semaine, la «communauté internationale» a changé de camp. Voici comment ce basculement s’est produit. L’action se passe à New York, dans le cadre de l’Assemblée générale de l’ONU. Lors d’une réunion technique sur la question des droits de l’homme (Comité chargé de l’élimination de la discrimination raciale), une nouvelle passe d’armes s’engage à propos du Xinjiang. Le Xinjiang? C’est cette région dite autonome de Chine peuplée de musulmans (en majorité ouïgours) où les autorités ont enfermé jusqu’à 1 million de personnes pour les «déradicaliser». Les ONG et l’ONU ont dénoncé ces pratiques, de nombreux témoins parlent de tortures, de lavage de cerveau et de destructions de mosquées à grande échelle. Pékin évoque des centres de formation où l’on apprend correctement le chinois et les lois de la République populaire. Qui dit vrai?

Victoire (ou défaite) par 54 à 23

D’un côté, le Royaume-Uni a soumis une déclaration pour dénoncer les «détentions massives, les efforts pour limiter les pratiques culturelles et religieuses et la surveillance disproportionnée visant les Ouïgours». Vingt-deux pays se sont joints à cette démarche. Ils sont tous européens ou nord-américains, auxquels il faut ajouter le Japon et la Nouvelle-Zélande. De l’autre, le Bélarus a riposté par une déclaration vantant le modèle chinois de lutte contre le terrorisme, la promotion par Pékin des droits de l’homme et la défense des cultures locales. La réalité du terrain «contredit complètement» ce qui est rapporté par les médias, est-il encore précisé. Cette démarche-là a été soutenue par 53 Etats, dont une bonne partie sont «musulmans», Egypte, Pakistan et Arabie saoudite en tête.