Le Soudan est en proie à l'une des guerres civiles les plus atroces au monde et cette situation n'a que trop duré. Ces 15 dernières années, plus d'un million et demi de personnes sont mortes, victimes de la guerre et de la famine. Près de 4 millions de personnes ont été forcées de fuir.

La nouvelle famine dans l'année, annoncée par le Programme alimentaire mondial (PAM), est devenue une sombre réalité. Dans le sud du pays, plus de 1,2 million de personnes risquent d'en mourir. Dans certaines villes, 50 personnes meurent de faim chaque jour. La guerre a ravagé les campagnes et si, comme on le redoute, les récoltes du mois d'octobre sont mauvaises dans la région du Bahr Al Ghazal, la quantité de nourriture produite dans cette région pendant les 14 prochains mois au bas mot sera dérisoire.

Le reste du monde n'est pas resté insensible devant les souffrances endurées par le peuple soudanais. Une volonté morale d'y remédier a vu le jour et a permis de mettre en branle une assistance humanitaire massive. Depuis 1989, l'opération Survie au Soudan – coalition humanitaire sans pareil, regroupant l'Unicef, le Programme alimentaire mondial et 38 organisations indépendantes de secours humanitaires – a fourni des vivres et des produits de base au peuple soudanais. Tant le gouvernement soudanais que son opposant principal, le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS), ont accepté de ne pas faire obstacle aux efforts menés par l'Organisation des Nations Unies et ses partenaires indépendants pour tenter de venir en aide à des populations innocentes. Des dizaines de milliers de vies ont effectivement été sauvées, alors même que la situation semblait désespérée.

L'opération Survie au Soudan a lancé une intervention de secours d'une envergure sans précédent afin de distribuer chaque mois 15 000 tonnes de vivres à 2,4 millions de personnes. Les conflits, le terrain et le climat rendant de nombreuses parties de la région inaccessibles par la route, le Programme alimentaire mondial a mis en place le pont aérien le plus important et le plus coûteux de son histoire, avec 13 appareils qui font la navette pour transporter des vivres. Toutefois, les conditions sont telles qu'il est impossible d'atteindre toutes les populations ou d'être certain de les avoir atteintes toutes.

L'indignation soulevée dans le monde par la situation tragique des Soudanais a incité de nombreux gouvernements à faire acte de générosité. Mais, les efforts que cette générosité sous-entend ne peuvent ni ne doivent être soutenus indéfiniment.

Seule la paix peut permettre de sortir de cette crise. Tant que le gouvernement de Khartoum et ses opposants ne parviendront pas à un règlement négocié, les déplacements, la famine et les pertes de vies humaines continueront d'affliger la population du Soudan méridional. Les opérations d'assistance humanitaire ont été gênées par la topographie de la région et des causes naturelles, mais le conflit armé qui sévit de manière impitoyable est à la fois la cause principale de la famine et le principal obstacle pour tous ceux qui s'efforcent d'y remédier.

Le 15 juillet, un cessez-le-feu partiel a été instauré et il a depuis été étendu à d'autres régions par le gouvernement. Je ne puis que m'en féliciter, mais les deux parties en présence devraient à la fois prolonger et étendre ce cessez-le-feu. En effet, c'est toute la partie sud du pays qui a besoin de secours d'urgence. Par ailleurs, trois mois ne suffiront pas à effacer la famine.

Nous devons donc faire face à un double impératif.

Tout d'abord, le monde ne peut pas assister passivement à la mort d'hommes, de femmes et d'enfants innocents. Nous devons poursuivre nos efforts et les intensifier tant que la situation d'urgence persiste.

Nous devons aussi redoubler d'efforts sur le plan politique. Les gouvernements de la région sont au premier plan de la recherche d'une issue au conflit et viennent de mener de nouvelles négociations à Addis-Abeba. L'Organisation des Nations Unies est prête en tout point à leur apporter son concours. Mais seuls les responsables politiques du Soudan sont en mesure de prendre les décisions cruciales.

Après avoir enduré tant de souffrances, le peuple soudanais est en droit d'exiger de ses dirigeants qu'ils fassent enfin preuve d'une réelle volonté politique de sceller une paix permanente. Tout en continuant à secourir les victimes, les autres pays doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour soutenir cette aspiration.

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