Ma semaine suisse

La commune se meurt

OPINION. Nous glissons d'une société républicaine et libérale, proche des citoyens, à un Etat fonctionnel et bureaucratique où la commune n'aura plus guère de place, écrit notre chroniqueur Yves Petignat

La démocratie n’a plus besoin des communes. Le constat est amer pour qui s’engage encore volontairement au service de la collectivité comme élu-e de milice. Des miliciennes et miliciens le plus souvent réduits à regarder passer les trains de décisions prises ailleurs. Encore décrite comme cellule de base du système démocratique et fédéraliste suisse, «la commune est le cœur malade de notre démocratie», regrettait en début d’année la municipale de Nyon Fabienne Freymond Cantone, dans son blog sur le site du Temps. Alors que la Suisse comptait 3203 communes en 1848, ce nombre a passé à 2223 l’an dernier. Cantons, administrations poussent à la fusion, à l’absorption, quand ce n’est pas à vider la vie démocratique locale au profit d’agglomérations, associations, syndicats ou regroupements de communes au fonctionnement opaque. L’efficience, la focalisation sur les objectifs financiers l’emportent désormais dans une société où le citoyen n’est plus qu’un consommateur de prestations publiques.

Humeur à la fronde

Charges d’enseignement, aide sociale, accueil de la petite enfance, contribution aux communes centres, péréquation constituent l’essentiel des dépenses sur lesquelles les petites collectivités n’ont aucune prise, puisque imposées par la législation cantonale ou fédérale. Par ailleurs, l’alimentation en eau, l’épuration, la gestion des déchets, les communautés scolaires, certains équipements sportifs, la gestion des forêts, les zones industrielles ou artisanales régionales tombent dans le domaine de l’intercommunalité, associations ou syndicats de communes gérés en petits comités. Un nouveau niveau de pouvoir dont la transparence n’est pas vraiment la première qualité, critiquait il y a deux ans la Cour des comptes du canton de Vaud. Il en résulte une perte de maîtrise opérationnelle et financière, un sentiment de perte de pouvoir, qui alimentent frustrations et résignation dans les conseils communaux ou municipaux. Il y a deux ans, l’humeur était ainsi à la fronde au Conseil communal de la Tour-de-Peilz contre la communauté du Haut-Léman.