Etats-Unis

La communication sans filtre du président pyromane

Donald Trump tweete ce qu’il pense et pense ce qu’il tweete. Des spécialistes du comportement s’en inquiètent

Plus ses tweets intempestifs étonnent, embarrassent ou agacent, plus Donald Trump en rédige. Parfois à des heures très matinales. Il sait qu’ils seront commentés, analysés, décortiqués, par des médias qu’il ne cesse de qualifier de «malhonnêtes», alors il ne s’en prive pas. Même si cela ne fait pas très «présidentiel». Sa méthode? Attaquer quand il se sent attaqué, attaquer pour se faire attaquer (on frise parfois l’histoire de la poule et de l’œuf: qui en premier?), et dénoncer ses assaillants.

Sur Twitter, le président des Etats-Unis, qui tweete sous @realDonaldTrump et @POTUS, dit tout, ou presque ce qui lui passe par la tête. Il s’en prend aux démocrates, aux républicains qui osent le contredire, aux médias, à la justice. Et à certains dirigeants. Il le fait sans filtre, sans craindre de franchir des lignes rouges, comme celle de la séparation des pouvoirs. On l’a vu récemment avec ses attaques contre le juge Robart, qui a ordonné la suspension de son décret anti-immigration.

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Des spécialistes du comportement mental s’en inquiètent. Pour le psychothérapeute John Gartner, il montre des signes de «narcissisme malin», mélange de narcissisme, de trouble de la personnalité et de sadisme. Un narcissisme qui agit comme un voile sur la réalité. «Vous ne pouvez pas utiliser la logique pour persuader une personne comme ça de penser autrement», souligne la psychologue Julie Futrell, au New York Daily News. Un groupe «Citizen Therapists Against Trumpism» a même vu le jour après l’élection présidentielle.

Prenons un de ses derniers tweets: «Je prends mes décisions moi-même, en me basant sur un large ensemble de données, et tout le monde le sait. Certains médias de fausses informations mentent!» Ce tweet date de lundi. Donald Trump réagit aux médias qui ont fait état de son taux de popularité très bas et suggéré que son conseiller stratégique Stephen Bannon prenait toujours plus de pouvoir sur lui. Donald Trump n’a pas aimé. «Trump dit que des sondages négatifs pour lui sont de fausses informations. La Maison-Blanche est-elle en train de ressembler au siège du parti communiste chinois?», s’interroge @ChinaFile.

Ses sources d’information? C’est un boulimique de la télévision, si l’on en croit le New Yorker et le New York Times, qui vient de publier un article ayant irrité le maître de la Maison-Blanche intitulé «Trump et son équipe repensent leur stratégie après des débuts difficiles». Des informations qui nourrissent ses tweets vengeurs quand elles ne correspondent pas à ses idées. Travestir la réalité ne semble pas lui poser de problème: il vient d’accuser les médias de sciemment renoncer à couvrir des attaques terroristes. Agacé par ce «style» autoritaire et menaçant, un de ses plus virulents détracteurs, le sénateur Bernie Sanders, a récemment lâché sur CNN: «Nous sommes en démocratie. Ce n’est pas un one-man-show!».

Avec son usage des médias sociaux et ses discours et annonces mis en scène façon «reality show» qui recourent à un langage des plus basiques, Donald Trump inaugure une nouvelle ère. Dans une opinion pour CNN, Michael D’Antonio évoque une attitude de pyromane. De façon impulsive, le président allume des feux, surprend, provoque peur et chaos, et regarde comment le monde réagit.

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