Du bout du lac

Communistes genevois en kit

OPINION. «Fais payer le bourge»: le slogan affiché par le Parti contre la RFFA se révèle d’une finesse inédite, selon notre chroniqueur

Il vous est arrivé comme à moi d’aller chez Ikea. Bien sûr que si. Vous y avez acheté des tas d’objets d’utilité variable et des bougies à l’odeur discutable, sans même vous en apercevoir. Toujours avec des petits «°» sur les «a» et beaucoup trop de «k» pour votre cortex latin. En général, vous êtes ressorti content. Du moins jusqu’à la barrière du parking et cette invraisemblable gifle linguistique: «Salut, Ikea te souhaite une bonne journée!» Ou quelque chose dans ce goût-là. A la deuxième personne du singulier, singulièrement réservée à vos amis, vos amours ou votre assistant vocal, si vous avez le malheur d’en avoir un.

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Je ne suis de loin pas le premier à relever ce délire nordique et soyez rassurés: je ne vous parle pas d’Ikea pour vous parler d’Ikea. Ce n’est ni de votre faute ni de la mienne si le géant suédois tient mörddikküs à son exception inculturelle. Si je me suis aventuré sur le terrain du meuble en kit, c’est pour vous parler des communistes. Genevois, en l’occurrence. Parfaitement.

Jusque-là, à l’entendre vilipender feu Ingvar Kamprad et feu son forfait fiscal, l’extrême gauche d’ici ou d’ailleurs ne me semblait pas particulièrement friande du modèle d’affaires jaune et bleu. Ni de son marketing enjoué. Qui plus est, selon mes informations, Karl Marx avait reçu une éducation bourgeoise assez solide pour dire bonjour Madame, ou bonjour Monsieur, avant de coller à Madame, ou à Monsieur, une grande tape dans le dos.

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Quelle ne fut donc pas ma surprise de découvrir, dans les rues de Genève, l’affiche de campagne des communistes contre la réforme de la fiscalité des entreprises et le financement de l’AVS (RFFA). Et son slogan d’une finesse remarquée: «Fais payer le bourge.» Avec, en guise de mode d’emploi, un cryptogramme redoutablement efficace sur fond jaune («Prendre par la jambe le Monsieur avec une cravate et le retourner pour faire tomber ses dollars») qu’aucun des graphistes du Grand Stockholm ne saurait renier.

J’en conviens, prononcé très vite, RFFA pourrait parfaitement passer pour un modèle de bibliothèque à monter soi-même, s’il ne manque pas une pièce. Mais tout de même. Fais «payer le bourge»?

Chers amis communistes genevois, vous savez que je vous aime et que je fais volontiers, moi aussi, payer quelqu’un d’autre à ma place en certaines circonstances. Mais était-il nécessaire de me le demander sur ce ton et presque en suédois? Je ne crois pas.

La prochaine fois, n’hésitez pas à m’appeler avant de signer le bon à tirer. Je serai ravi de réfléchir avec vous. Même devant un plat de köttbullar à la confiture d’airelles, si cela peut vous faire plaisir.


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