L'acharnement des parents des victimes suisses et occidentales à courir les hôpitaux, à fouiller les morgues improvisées, à quêter la moindre parcelle d'information pour retrouver un fils, un frère, une mère appelle la compassion. Cette recherche éperdue d'un corps pour commencer le deuil, cette quête d'espoir à tout prix rendent encore plus dramatiques ces tragédies familiales. Elles sont à la dimension du choc où brusquement le paradis des vacances est devenu enfer.

C'est sans aucun doute la violence de ce choc, la peur et l'indicible désarroi éprouvé après la disparition d'êtres chers qui ont conduit les survivants terrifiés des tsunamis à critiquer sévèrement le travail des autorités diplomatiques suisses dans les premières heures qui ont suivi la tragédie du 26 décembre. On peut comprendre ce sentiment d'abandon, d'isolement ou de mépris ressenti par les victimes lorsqu'on vit un cauchemar dont on ne se réveille pas.

De là, faut-il, en écho, accabler des ambassades, des hommes et des femmes débordés par des événements extraordinaires, inimaginables, écrasés par l'ampleur des drames? Certainement pas. Des couacs, des ratés il y en a eu. Sans parler de retards dans l'appréciation des situations, d'une incapacité à improviser et de cette froideur bureaucratique qui trahit un manque d'empathie. Mais plutôt que de stigmatiser, le mieux à faire est d'en tirer des leçons. Comme l'ont fait les Australiens après les attentats de Bali fatals à nombre de leurs compatriotes en vacances. On ne peut tout attendre de l'Etat.

Dans cette logique, il est tout à fait incompréhensible que le voyage de Micheline Calmy-Rey auprès des blessés, des secouristes et des diplomates donne lieu à critiques et polémiques. En Thaïlande, au Sri Lanka, la ministre des Affaires étrangères est pleinement dans son rôle de témoin, de soutien, d'écoute. Ne pas s'y rendre aurait été une faute. Une sorte de surdité face à l'émotion qui étreint le pays et à l'impressionnante générosité de nos compatriotes. Et un décalage profond avec ce qui pourrait devenir la mondialisation d'un nouvel humanisme. Ce deuil désormais mondial ne trouvera un sens que s'il associe victimes occidentales et victimes indigènes, dans la durée. Après demain, il ne faudra pas oublier les millions d'Asiatiques qui ont tant besoin de notre aide.

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