Le président Hollande pensait faire fi des politiques contradictoires et des alliances contre nature pour lutter contre la plus grande des menaces: l’État islamique (EI). Qu'importe les arrière-pensées pourvu que l'ennemi de mon ennemi face front commun, disait-il sans détour. Ainsi la conversion française, après laquelle la Russie est devenue un partenaire imprévu et Bachar el-Assad un presqu'allié, a été justifiée tous azimuts par la nécessité de l'efficacité, par le retour au pragmatisme. Comme si ce qui empêchait d'être efficace contre l'EI et ses djihadistes tenait de principes éculés ou de considérations historiques encombrantes. La propagande de guerre ne fait jamais dans la nuance, ce n'est pas une surprise, mais ce qui l'est davantage, c'est qu'elle fonctionne encore. Pour preuve les images en boucle du porte-avion Charles-de-Gaulle en opération.

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La destruction, mardi matin, du Soukhoï Su-24 russe pourrait offrir l'occasion d'une prise de conscience. et même d'un retour à la réalité. Celle de la géopolitique compliquée du Proche-Orient, dans laquelle bien nombreux sont ceux qui se sont cassé les dents en prenant leurs désirs pour des réalités. Faut-il rappeler les déboires de Lawrence d'Arabie, la figure piteuse d'un George W. Bush enlisé en Irak ou encore l'ONU incapable de résoudre le conflit israélo-palestinien, la liste est incomplète.

La plus infructueuse de ces entreprises a indéniablement été l'occupation de l'Irak par les forces américaines. Une partie des problèmes actuels nous a été léguée par l'administration Bush fils dont l'aventure en Irak pour déloger Saddam Hussein a tourné au désastre parce que rien n'avait été anticipé. Cette guerre a en commun avec celle qui se déroule aujourd'hui contre l'EI de ne pas voir plus loin que le bout du canon, en fait de pas tenir compte du réel.

Ecraser l'EI sans avoir d'alternative pour occuper le vide autre que le régime de Damas est une illusion vouée à l'insuccès. Ankara nous rappelle à son bon souvenir: il n'y aura de victoire contre l'EI et de solution en Syrie, sans que ses demandes soient prises en compte. Au-delà de la Turquie, l'ensemble du monde sunnite veut peser dans l'avenir de la Syrie. L'issue du conflit doit intégrer les acteurs de la région. Le même argument était servi pour que la Russie soit consultée. Mais dans la résolution de la crise, la Russie est un second couteau, car les acteurs directs sont les voisins de la Syrie.

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