C’est un scoop du Financial Times qui nous l’apprend: les deux producteurs de vaccins à ARN messager, les seuls inoculés en Suisse pour l’instant, Moderna et Pfizer/BioNTech, ont obtenu de l’Union européenne de pouvoir augmenter de plusieurs euros le prix de leurs doses. Leurs prévisions de vente explosent, estimées à 30 milliards de dollars pour Moderna en 2022, et 56 milliards pour Pfizer.

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La première réaction? Comment l’UE et ces pharmas peuvent-elles être assez stupides pour apporter ainsi de l’eau au moulin des complotistes? L’heure est partout au défi de convaincre les sceptiques que la vaccination est, pour l’instant, la meilleure protection disponible contre l’infection et la meilleure garantie d’un retour à la normale pour nos sociétés si durement éprouvées par la pandémie.

Or c’est un refrain des complotistes: la pandémie est un plan machiavélique des puissants de ce monde, qui œuvreraient secrètement pour tuer nos libertés et gagner des milliards en écoulant des produits dangereux.

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A la manifestation des antivax le samedi 31 juillet à Genève, Astrid Stuckelberger, l’ancienne privat-docent de l’Université de Genève en conflit avec son ex-employeur, qui a basculé dans la complosphère, ne disait pas autre chose. «Il y a ceux qui veulent absolument que vous soyez malade, […] on va faire une perpétuelle pandémie!» Avant d’ajouter, contre toute vérité scientifique: «Le vaccin ARN va en 48 heures sur les organes reproductifs […] et dans la moelle épinière, ce qui peut engendrer des cancers.»

Elle et sa poignée d’adeptes vont désormais pouvoir crier: «On avait raison, le monde est gouverné par des assoiffés de profits!» Car il en va ainsi des théories du complot: on attrape une information vérifiée et on l’intègre à un gloubi-boulga délirant à titre de preuve. En oubliant soigneusement les théories farfelues précédentes, tombées entre-temps en désuétude, comme les puces 5G qui auraient été contenues dans les vaccins.

Cela dit, si Moderna et Pfizer avaient annoncé au contraire qu’elles baissaient leurs prix, cela aurait prouvé qu’elles ne reculaient devant aucune manœuvre pour injecter leur poison aux derniers récalcitrants. Mais cela n’excuse en rien ces sociétés pharmaceutiques: la façon dont elles profitent de leur position de force face à l’UE est pour le moins malvenue.