Moins de trois semaines après la clôture d’un Festival de Cannes déplacé en été, et à moins d’un mois du début de la Mostra de Venise, c’est un autre festival de cinéma de catégorie A qui déroule son tapis rouge à des professionnels affaiblis par la crise sanitaire. Avec l’ouverture ce mercredi du 74e Locarno Film Festival, c’est une branche économiquement importante qui se réunit sur les bords du lac Majeur pour parler cinéma et «monde d’après». Du côté des distributeurs et des exploitants, c’est avant tout le spectre d’un certificat covid obligatoire qui fait craindre une rentrée difficile, au moment où le retour des grands festivals est aussi celui des grands films.

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Pour sa première année à la tête du rendez-vous tessinois, Giona A. Nazzaro a choisi d’inaugurer la Piazza Grande avec Beckett, un long métrage Netflix qui sera diffusé en streaming après cette première mondiale de prestige. Le directeur artistique justifie son choix par la qualité d’un film réalisé par un cinéaste révélé à Locarno. Ce geste fort le voit affirmer la nécessité de composer avec ces acteurs puissants que sont désormais les plateformes spécialisées, qui produisent des longs métrages commerciaux mais prennent aussi des risques en soutenant des projets écartés par les producteurs traditionnels. Tout en achetant des œuvres fragiles qui peinent à trouver leur place dans les circuits de distribution.

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«Taxe Netflix»

Cette percée du streaming sur la vénérable Piazza donnera du grain à moudre aux milieux politiques qui s’écharpent autour de la «taxe Netflix». En juin dernier, alors que le National validait l’idée d’obliger les plateformes à investir 1% dans la production audiovisuelle helvétique, le Conseil d’Etat approuvait une taxe de 4%. Au moment où l’Office fédéral de la statistique publie une étude montrant que la vidéo à la demande perd du terrain au profit des services à abonnement, celle-ci est nécessaire.

Les parlementaires qui assisteront vendredi au traditionnel dîner politique l’ont d’ailleurs mise à leur menu. Alors qu’une société comme Swisscom s’y oppose, cette taxe incitative serait un bon moyen de dynamiser l’industrie audiovisuelle indigène avec des projets qui pourraient se passer des sacro-saintes aides fédérales et cantonales, qui sont si souvent un frein à la créativité.

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