Charivari

Je comprends et respecte Fernand Melgar

OPINION. Dans l'actuelle polémique lausannoise sur le deal de rue, notre chroniqueuse défend le cinéaste attaqué par ses pairs

Je ne connais pas personnellement Fernand Melgar. Mais je lui dois un de mes plus grands chocs au cinéma et je le respecte pour cela. La forteresse, son documentaire sur le centre d’hébergement et de procédure à Vallorbe, reste à mes yeux le marqueur le plus sensible et le plus éclairant sur la manière dont la Suisse reçoit les requérants d’asile. Entre absurdités administratives, dureté des lois et bonne volonté du directeur des lieux qui, sous des dehors un peu maladroits, faisait tout pour humaniser cet endroit, on y voyait des êtres – et non pas des chiffres – qui expliquaient pourquoi ils souhaitaient vivre dans notre pays. On y voyait aussi les interrogatoires de ces requérants et les délibérations sur le danger qu’ils couraient s’ils étaient renvoyés chez eux. Un travail intelligent, vibrant, nuancé.

Je respecte Fernand Melgar, alors quand il prend la parole, je l’écoute attentivement. Et, contrairement à la Lettre ouverte qui lui a été adressée par des artistes que je respecte tout autant, comme Lionel Baier ou Nicolas Wadimoff, je ne vois pas le problème lorsque ce cinéaste condamne le fait que son quartier lausannois est devenu un repaire de dealers. Si c’est la vérité et que les habitants se sentent en effet incommodés, voire menacés, pourquoi Fernand Melgar devrait-il taire cette réalité? Ses méthodes d’enquête sont discutables? Prendre des photos de ces dealers au risque de les identifier relèverait de la délation? Cette accusation me semble spécieuse, car la police lausannoise n’a pas besoin de ces clichés pour repérer les vendeurs de drogue qui écoulent leur marchandise en plein jour et en toute impunité.

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A chacun sa sensibilité. Je traverse régulièrement la plaine de Plainpalais, à Genève, et dis simplement «non» aux dealers, là aussi en grappe, qui me proposent du cannabis à répétition. Je ne me sens pas menacée ni dérangée par leur présence. A vrai dire, j’ai plutôt pitié d’eux lorsqu’il fait froid ou qu’il pleut… Mais je peux comprendre que, près d’une école, comme cela a été le cas, à Genève, aux Pâquis, ce deal devienne malsain. Surtout, je ne traiterai jamais une personne qui s’en plaint de raciste, simplement parce que ces dealers sont en grande partie Africains. C’est absurde. On sait très bien que ce n’est pas leur origine qui pose problème, mais leur activité. Je trouve dès lors étrange, sinon triste, que Fernand Melgar soit qualifié de collabo ou de facho simplement parce qu’il est intimement convaincu que le marché de stupéfiants pratiqué dans son quartier constitue une menace pour les enfants. Ce jugement est pour le moins violent, non?


Notre précédent charivari: Vous l’entendez, cet épuisement de la société?

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