J’ai eu tort, je m’en veux un peu et j’ai besoin de vous le dire. Ça s’est passé mercredi soir, dans l’émission dont j’ai la charge. Il était question des médias, des attaques qu’ils subissent tous azimuts et de leurs torts, avérés ou fantasmés. «Les médias ont-ils tout faux?» Exercice d’autocritique à potentiel cathartique. Avec, vous l’imaginez bien, un gros chapitre sur les réseaux sociaux et ce tout horizontal qui nous déboussole.

Pour illustrer cette infinie juxtaposition des paroles individuelles, dans laquelle celle des médias établis se dilue façon cachet d’Alka-Seltzer dans l’océan, l’une de nos invitées a choisi d’imager son propos. Les réseaux sociaux? Une plateforme sur laquelle se côtoient «ma parole, celles des journalistes, de ma maman, ou du concierge», résumait la journaliste, qui avait parfaitement raison.

C’est moi qui ai eu tort, vous disais-je. De quoi? D’avoir rebondi sur le concierge, quelques secondes plus tard, en cédant à la facilité du bon mot. «Ce qu’on aimerait savoir, c’est ce qu’en pense votre concierge», lançai-je, le sourire aux lèvres pour détendre l’atmosphère. La contrition ayant ses limites, je vais vous le dire tout de suite: si notre invitée avait choisi sa boulangère, c’est sur la boulangère que j’aurais rebondi (cette phrase est périlleuse, je vous l’accorde). Loin de moi l’idée de me moquer des concierges.

Lire aussi:  Les frères Menegalli croient dur comme fer au rôle du concierge

Mais c’est tombé sur les concierges. Parce que ça tombe toujours sur les concierges. Jamais sur les banquiers ou sur les avocats, qui ont pourtant en commun avec les concierges ou les jardiniers d’exercer une activité de service, l’humilité en moins.

Cette chronique est donc un acte de réparation adressé à tous les concierges du monde. D’abord parce que c’est systématiquement eux (ou elles) qui dérouillent, je viens de vous le dire. Au point que le concierge est devenu le synonyme péjoratif du curieux et du bavard. Ensuite parce que le concierge est en voie de disparition, comme le tigre du Bengale. Mais dans l’indifférence générale, à la différence du tigre du Bengale. Le concierge postmoderne est un facility manager dissimulé derrière une Sàrl impersonnelle sur laquelle vous ne pourrez jamais compter pour vous ouvrir la porte quand vous avez oublié vos clés avant de sortir chercher le courrier en caleçon.

Et l’ascenseur, dans tout ça?

Et surtout parce que le concierge est celui ou celle qui pense chaque année à décorer l’ascenseur pour Noël. Il n’est pas interdit d’interroger, parfois, le choix des motifs et le bon goût du sapin qui clignote, c’est vrai. Reste que sans le concierge et à l’approche des Fêtes, votre ascenseur resterait triste comme une cafétéria d’entreprise dans la pluie de novembre.

Le XXIe siècle a déjà tué le bar-tabac, la galanterie, le téléphone fixe, le multilatéralisme et la carte postale. Il est temps de faire bloc autour de nos concierges.


Chronique précédente

Alain Delon et le bruit

Le Temps publie des chroniques et des tribunes – ces dernières sont proposées à des personnalités ou sollicitées par elles. Qu’elles soient écrites par des membres de sa rédaction s’exprimant en leur nom propre ou par des personnes extérieures, ces opinions reflètent le point de vue de leurs autrices et auteurs. Elles ne représentent nullement la position du titre.