Environnement

Condamnation de Monsanto: tribunal fictif, légitimité citoyenne?

Trois jours après la condamnation de Monsanto pour atteinte aux droits humains et à l’environnement, les réseaux sociaux questionnent l’impact réel de ce tribunal citoyen

Monsanto condamné par un tribunal fictif, c’est un peu la société civile qui vient à la rescousse de la planète. Mardi, cinq juges professionnels ont reconnu le premier fabricant mondial de pesticides coupable de violation des droits de l’homme, d’impact négatif sur l’environnement et d’écocide (destruction de l’environnement).

Relire: Monsanto est-il coupable d'«écocide»?

C’est la première fois que la multinationale est jugée pour l’ensemble de son activité. Avec cet avis consultatif, le tribunal citoyen teste le pouvoir du «soft law» (droit non contraignant) pour faire évoluer la législation internationale. Alors que certains savourent une victoire symbolique contre le «roi des OGM», d’autres dénoncent un procès illégitime.

Internautes sceptiques

«Cher Monsanto, à cause de toi, j’explose le taux de glyphosate dans mes urines. Si tu meurs avant moi, j’irai désherber ta tombe», lâche @Charlineaparis. La firme américaine d’agrochimie, dangereuse pour l’être humain et l’environnement? Tout le monde n’y croit pas. «Alors il y a longtemps que je devrais être mort, raille un internaute sur Facebook. Je n’y crois pas du tout à l’objectivité de ce genre de tribunal. Ça sent la manipulation à plein nez.»

Sur Twitter, @RFanciola abonde: «Je regrette, le Tribunal Monsanto est une farce de militantisme antiscientifique qui ne démontre rien du tout.» Même son de cloche sur le site Contrepoints.org, où Monsanto est décrit comme un «diable pratique».

Inscrire l’écocide dans la loi

A vrai dire, quel poids peut bien avoir un avis citoyen contre une firme au chiffre d’affaires annuel de 13,5 milliards de francs en 2012? Donner une impulsion pour «rééquilibrer le droit». Car l’objectif, à terme, est bien d’inscrire le crime d’écocide dans le droit international afin que la firme puisse être officiellement jugée. Pour beaucoup, la culpabilité de Monsanto n’est plus à prouver.

«Pourquoi «fictif»? questionne @MijuhLm. Les dégâts sont réels.» «C’est connu et prouvé depuis des décennies, mais le lobby Monsanto est plus puissant que les gouvernements», ajoute un internaute sur Facebook où les groupes d’opposants rassemblent des centaines de milliers d’adhérents.

De Monsanto à Bayer

Un internaute souligne l’hypocrisie du système. Monsanto nous tue? «Pas de soucis, Bayer, société pharmaceutique et chimique, nous guérira car maintenant ils font partie d’une seule et même entité.» En Suisse, la décision de La Haye suscite des réactions, notamment autour du statut des grandes entreprises comme Monsanto. «Le temps est venu de considérer les multinationales comme sujets de droit et qu’elles puissent, dès lors, être poursuivies en cas d’atteintes aux droits fondamentaux et à l’environnement», estime, dans un communiqué, l’Alliance suisse pour une agriculture sans génie génétique.

Produits toxiques

La liste des produits toxiques commercialisés par Monsanto est longue. On y trouve notamment l’un des composants de l’agent orange, utilisé par l’armée américaine durant la guerre du Vietnam, le Lasso, un dangereux herbicide aujourd’hui interdit en Europe, ou encore le Roundup, désherbant le plus vendu au monde, soupçonné d’être cancérigène. La vente des hormones de croissance Posilac a, elle, été suspendue en 2008. Pas de quoi dérouter Monsanto. Dans une lettre ouverte publiée sur son site Internet, le groupe américain estime qu'«à l’heure où les citoyens tentent de distinguer la fiction de la réalité, ce nouvel avis qui ne présente aucune valeur légale pourrait ajouter de la confusion».

«Merci au @monsantotribun de rappeler qu’on ne doit plus permettre que les droits de l’entreprise priment sur les droits humains», se félicite encore @MaureenJorand. Si la décision de mardi est une victoire d’étape, l’issue de la guerre est toutefois loin d’être garantie.

Manu Chao l’a bien compris, lui qui a dévoilé le 12 avril un nouveau morceau intitulé: Seeds of Freedom (les semences de la liberté). «Cette chanson est dédiée à la lutte pour les semences libres et contre Monsanto, Bayer et l’agriculture destructrice», a précisé l’artiste franco-espagnol sur sa page Facebook. L’hymne d’une nouvelle lutte?

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