Du bout du lac

Confédération cherche profils travailleurs, avec bonne maîtrise du français

OPINION. Deux ministères vont changer de mains, faut-il s’inquiéter de ne pas s’exciter? Ou continuer de cultiver notre ennui comme un jardin japonais?

En Allemagne, six mois d’impasse politique pour arracher une coalition fragile et tirée par les cheveux. En Italie, trois mois de grand n’importe quoi et puis, là encore, la chèvre et le chou, coalisés pour régner contre le système, c’est-à-dire au doigt mouillé. En France, les affaires d’Etat qui se bousculent, de la vaisselle de Sèvres au chargé de mission, toujours à l’Elysée.

Et en Suisse? La mise au concours simultanée des postes de Johann Schneider-Ammann et de Doris Leuthard au 1er janvier. Au terme de leur délai de dédit, cachet de la poste faisant foi.

Les Italiens se sont arraché les cheveux pendant d’interminables semaines de blocage. Les Allemands regardent encore du coin de l’œil la drôle d’équipée qui les gouverne. Les Français s’offrent le frisson de la Bastille à chaque conseil des ministres et nous… nous recrutons. La Confédération recherche deux personnalités de qualité, des profils travailleurs et motivés, pour accomplir tous types de tâches de gestion, a priori en matière d’infrastructures et de conditions-cadres. Candidatures alémaniques et féminines encouragées, une bonne maîtrise du français serait un plus.

Pour les journalistes – au hasard moi, puisque je ne pense qu’à moi –, ce n’est pas la configuration la plus excitante, disons-le. Honnêtement, on préférerait un peu de sang, des larmes, de la trahison, Borgen, Borgia, House of Cards, Metternich, Machiavel, Corleone, Sarkozy ou quelque chose dans ce goût-là. Pas facile, croyez-moi, de s’enflammer tous les jours pour une campagne RH, fût-elle nationale, qui plus est quand elle est limitée aux élu(e)s PLR et PDC, dûment encartés et à jour de leur cotisation. (Parce que vous comprenez, si on commence à remettre l’équilibre du collège en question, ça fait toute une histoire et des ennuis pas possibles… alors s’il vous plaît, on ne touche à rien.)

Pour les administrés – au hasard vous, puisque je ne pense qu’à vous –, ce n’est pas exactement le délire non plus. Vous attendiez le grand soir, la révolution, les lendemains qui chantent? Vous avez les petits matins, le compromis et les journées qui chuchotent. Les amateurs de sensations fortes repasseront. Bien sûr, il y aura la nuit des longs couteaux, en décembre. Quelques heures de suspense pour réchauffer l’hiver bernois. Et puis la petite compagnie se remettra en ordre de marche, sans faire trop de bruit, cap sur les affaires courantes et rythme de croisière, mille kilomètres au-dessus du vacarme du monde.

Tout compte fait, ce n’est pas plus mal. Ne touchons à rien. Cultivons notre ennui comme un jardin japonais. Et puissions-nous continuer à ronronner longtemps, sur la planète qui grince.


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