Editorial

La Confédération ignore la cinquième Suisse

Les Suisses de l’étranger n’ont plus droit à une carte de crédit des banques suisses. Le Conseil des Suisses de l’étranger menace de porter plainte contre PostFinance. Mais au-delà de cette question, c’est le manque d’attention des autorités à ses 762 000 expatriés qui choque

La Suisse n’a d’avenir que si elle est ouverte aux échanges et aux idées. Si elle est compétitive parce qu’elle attire les talents et permet à ses propres citoyens de se former ailleurs et d’y accumuler des expériences. Malheureusement ses autorités pénalisent les 762 000 Suisses qui vivent à l’étranger. La cinquième Suisse n’est vraiment pas prioritaire à Berne. A l’heure de la mondialisation et du besoin d’expériences internationales, la seule ouverture des autorités semble parfois se limiter à l’introduction des lois et réglementations étrangères, qu’elles viennent de l’OCDE, du G20, de l’UE ou d’ailleurs. Faut-il rappeler que la RIE III répondait aussi à une obligation provenant de l’OCDE?

Des services chers ou indisponibles

Pour tout expat helvétique, il est de plus en plus compliqué et cher d’avoir un compte en banque et une assurance maladie en Suisse. En raison des réglementations, il leur est impossible d’avoir une carte de crédit d’une banque suisse depuis 2015. La loi définit ce que contient le service universel en matières de services des paiements. Il parle de virements, de versements, de paiements. Mais il n’est pas autorisé aux Suisses domiciliés à l’étranger. Et, pour les Suisses comme pour les expats, les cartes de crédits ne font pas partie de ce service universel.

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Il est temps que la politique desserre le corset réglementaire et facilite l’octroi d’un service de base comme celui des cartes de crédit. Suppose-t-il que le détenteur d’une carte de crédit est un criminel ou qu’il est un citoyen libre et responsable, qui déclare ses revenus au fisc et paie ses impôts? La méfiance sous-entendue par les autorités est source de populisme. D’ailleurs pourquoi des services offerts aux expats des pays voisins ne le seraient pas dans un pays qui se dit champion des services financiers? La réciprocité semble de moins en moins exister.

Avec la multiplication des réglementations, les coûts des banques suisses, dorénavant intermédiaires du fisc, augmentent et avec eux les frais assumés par les clients. Les Suisses de l’étranger sont souvent des jeunes en formation ou au bénéfice d’un premier emploi, en quête de nouveaux savoirs. Ou des retraités qui ont besoin de leur rente AVS. Il est temps que le Conseil fédéral leur facilite la vie plutôt que d’écouter les réclamations des diplomaties étrangères.

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