Les premières études scientifiques semblent l’indiquer: le gouvernement français n’a pas, depuis l’apparition de l’épidémie, commis de fautes graves dans la gestion de l’urgence sanitaire engendrée par la propagation du coronavirus. L’idée selon laquelle Emmanuel Macron et son premier ministre – hier Edouard Philippe, aujourd’hui Jean Castex – auraient fait preuve d’aveuglement ou négligé délibérément certains volets de la prévention apparaît peu probable. Le fait est, par contre, que les pouvoirs publics ont, en France, beaucoup tâtonné face au caractère inédit de la menace et sans doute fait preuve de trop d’optimisme estival.

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La décision du président français de recourir à partir de samedi, face à la deuxième vague, au couvre-feu entre 21h et 6h pour environ 20 millions de personnes prouve néanmoins qu’un échelon manque toujours, six mois après l’entrée en confinement le 17 mars: celui de la confiance mutuelle. A l’évidence, le sommet de l’Etat n’a pas confiance dans les élus pour maintenir, dans leurs villes et dans leurs quartiers, la distanciation sociale requise. Idem vis-à-vis de la jeunesse française, pointée du doigt pour ses sorties et ses «parties» si propices à la diffusion accélérée du Covid-19. Plus grave: le retour aux attestations à imprimer ou à télécharger – pour justifier d’une sortie maximale d’une heure – témoigne de l’échec de la pédagogie sanitaire et des opérations de traçage volontaires des cas contacts. Ni l’une ni l’autre n’ont jusque-là vraiment porté leurs fruits.

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Imposer au pays un nouveau carcan sanitaire ne dispense pas de répondre aussi aux questions qui font mal. Pourquoi les Français ont-ils cru, à tort, à une accalmie sanitaire durable? Pourquoi les mesures de signalement des cas contacts sont-elles restées si rudimentaires, à l’image de ces feuilles de papier nominatives dans les cafés et les restaurants? Pourquoi l’application StopCovid a-t-elle été un pareil fiasco, au point de devoir être remplacée, dans quelques jours?

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Les réponses à ces interrogations sont au cœur des travaux des différentes enquêtes parlementaires et de la mission d’évaluation indépendante confiée par l’exécutif au professeur genevois Didier Pittet. Elles expliquent aussi les plaintes déposées en justice contre l’exécutif, au nom desquelles la police a mené jeudi plusieurs perquisitions. Dans cette France minée par le manque de confiance mutuel, la meilleure des réponses, à l’heure du couvre-feu, est donc, pour le gouvernement, d’accompagner ce nouveau verrouillage sanitaire de la plus grande transparence possible.

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