Incidences

Où en est le conflit israélo-palestinien?

Devant l’extension des guerres en Syrie, en Irak, au Yémen, le conflit israélo-palestinien retient moins l’attention que jadis. Cependant, certains mouvements en cours sur l’échiquier diplomatique du Moyen-Orient méritent qu’on s’y arrête.

Mme Federica Mogherini, la haute représentante pour la politique extérieure de l’Union européenne, s’est rendue en Israël et en Palestine la semaine dernière, peu après l’investiture du quatrième gouvernement Netanyahou. Elle voulait se rendre compte par elle-même de la position d’Israël sur la solution des deux Etats. Le premier ministre israélien a déclaré, pendant la campagne électorale, qu’il n’était pas favorable à la création d’un Etat palestinien; le parti des colons jouit d’une influence disproportionnée dans la coalition gouvernementale. Mais face à sa visiteuse, Netanyahou a reparlé de son engagement à œuvrer pour une solution à deux Etats.

L’heure des Européens a-t-elle sonné? En tout cas, Mme Mogherini a la volonté de prendre en main le dossier israélo-palestinien – pour lequel elle a toujours marqué un intérêt personnel – et de jouer un rôle actif. De plus, son lointain prédécesseur, Javier Solana, et d’autres anciens responsables européens (Mary Robinson, Michel Rocard, Hubert Védrine, Elisabeth Guigou, Peter Sutherland, Miguel Angel Moratinos, entre autres) l’y ont publiquement invitée. Ces dignitaires plaident pour une action plus ferme et plus autonome de l’UE, qui devrait relancer la négociation sur des bases nouvelles.

Justement, leur analyse se recoupe avec ce que l’on sait de l’initiative diplomatique que la France est en train de préparer. Elle consulte à ce propos la Ligue arabe, Londres, Madrid et d’autres capitales encore. Il s’agit de fixer, dans une résolution contraignante, les paramètres d’un règlement de paix qui seraient ainsi imposés aux parties, lesquelles auraient dix-huit mois pour négocier les détails d’une solution «juste, durable et globale». A défaut, la France reconnaîtrait la Palestine. Le Figaro du 20 mai révèle le contenu de ce projet, qui reste assez général mais touche à toute la problématique – frontières, sécurité, réfugiés, statut de Jérusalem – sans toutefois recourir à un langage trop précis. La décision du Conseil de sécurité interviendrait au plus tard en septembre prochain, soit après la probable conclusion de l’accord nucléaire avec l’Iran.

Mais les Etats-Unis soutiendront-ils l’approche française? Ils se sont distancés du gouvernement israélien dans la mesure où Israël, en excluant la possibilité d’un Etat palestinien, ôtait tout intérêt à une éventuelle négociation. Ils ont annoncé qu’ils allaient revoir leur politique de soutien à Israël. Les Etats-Unis retireront-ils pour autant leur appui diplomatique à Israël au Conseil de sécurité?

Rien n’est moins sûr si l’on prend en compte un exemple récent. Le 22 mai dernier, en compagnie du Royaume-Uni et du Canada, ils ont bloqué la déclaration politique qui devait conclure la réunion des Etats signataires du Traité de non-prolifération. L’Egypte y avait introduit un amendement qui demandait qu’une conférence internationale sur la proclamation d’une zone dénucléarisée au Proche-Orient se tienne au plus tard en mars 2016. Perspective assez peu réaliste, à voir la lenteur des discussions qui se sont poursuivies à ce propos depuis cinq ans. Israël s’opposait à ce texte, et les Etats-Unis et leurs alliés lui ont sauvé la mise.

L’administration Obama n’a donc pas renoncé à étendre son parapluie protecteur sur Israël aux Nations unies. Elle s’efforce d’autre part de convaincre Israël et les pays du Golfe de modérer leurs critiques sur l’accord nucléaire en cours de discussion avec l’Iran, en leur offrant notamment des «compensations» dans le domaine politique et militaire. On voit mal, dans ces conditions, comment la diplomatie américaine pourrait en même temps soutenir l’initiative française au Conseil de sécurité, qui mettrait Israël en délicatesse.

Au fond, les Américains n’y croient plus: compte tenu de la détérioration de la situation générale au Proche-Orient, le conflit israélo-palestinien ne ressortit pas à la catégorie des problèmes à résoudre, mais plutôt à celle des gestions de crise. Le président Obama l’a dit assez ouvertement l’autre semaine à la chaîne de télévision saoudienne Al-Arabyia: il constate que la confiance entre les parties palestinienne et israélienne est rompue, et que le temps n’est guère propice aux grands règlements de paix. Il s’agit plus modestement de s’attacher à rebâtir la confiance, à coups de mesures ponctuelles – soulager sur le plan humanitaire les souffrances des habitants de Gaza, ou encore développer l’activité économique dans les territoires occupés. Si l’on parvient à restaurer la confiance, la logique d’une solution à deux Etats finira par l’emporter, d’après Obama. A son avis, tant que les Israéliens n’ont pas résolu la question palestinienne, ils ne peuvent prétendre rester un Etat à la fois juif et démocratique. Et les Palestiniens ne peuvent pas s’attendre à avoir un Etat et obtenir la pleine reconnaissance de leur dignité et du respect inhérent à tout être humain s’ils ne reconnaissent pas également Israël, car Israël ne va pas s’en aller.

L’administration Obama s’efforce de convaincre Israël et les pays du Golfe de modérer leurs critiques sur l’accord nucléaire en cours de discussion avec l’Iran

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