Des millions qui s’ajoutent aux millions, avec une constance inquiétante. La facture sociale de l’Etat de Genève, cette charge incompressible, augmente chaque année, et son montant global ne parle pas à grand monde. Difficile à se représenter pour le commun des mortels, quelques zéros de plus. Aussi faut-il aller du général au particulier. Mettre la lumière sur des cas concrets, interroger ces chiffres avec le regard du contribuable non subventionné, sans pour autant jeter l’anathème sur une population aux nombreuses difficultés.

Lire aussi: A Genève, des familles nombreuses sous perfusion de l’Etat

On découvre qu’avec les aides provenant de canaux divers – un loyer à faire pâlir d’envie la majorité des locataires, des subsides à l’assurance maladie, des frais de garde et de soutien scolaire pris en charge, et des prestations complémentaires – ces familles ne vivent pas dans l’opulence, mais décemment.

Pour leurs enfants, il y a tout lieu de s’en féliciter. Pourtant, il y a un piège. Celui de la trappe, de l’effet de seuil dans le jargon, suivant lequel l’assistance devient un frein à la prise de risque que représente le travail. On peut légitimement se demander si, pour certaines personnes, l’assurance du minimum n’est pas plus confortable que l’hypothèse d’un mieux vivre. Les prestations complémentaires familiales, dans ce cas, manqueraient leur cible. Car leur but était d’encourager au travail, et non à dissuader.

Le système en soi n’est pas incriminé, mais il mérite quelques corrections. Ne pas arroser linéairement. Inciter les gens à travailler davantage en les laissant profiter d’une partie du gain supplémentaire sans les déduire entièrement de leur prestation. En réduire certaines, peut-être. Revoir le système d’attribution des logements sociaux, même s’il n’est pas lié à l’obtention de prestations complémentaires familiales.

L’occasion s’en présentera bientôt, puisqu’un rapport d’un bureau indépendant rendra prochainement ses conclusions. Le canton de Vaud y a eu recours et a réalisé quelques ajustements. A Genève, l’affaire s’annonce plus compliquée, car il faudra pour cela dépasser les traditionnels conflits idéologiques gauche-droite. La perspective des élections cantonales, en 2018, est peu propice.

Pourtant, il en va d’une certaine idée de l’équité. A trop vouloir sanctuariser la pauvreté, à ne pas oser questionner ses ressorts sous peine d’être qualifié d’inhumain, on risque de fâcher une majorité silencieuse, la fameuse classe moyenne. A ceux que ce concept fourre-tout hérisse, parlons de contribuables, modestes ou prodigues. Ceux-là travaillent, payent, jonglent aussi, parfois, aux fins de mois. Ils ont le droit de penser que l’Etat se montre obligeant vis-à-vis d’une catégorie sociale. L’injustice se cache parfois là où on ne l’attend pas. Et ce ne sont pas systématiquement les démunis qui en font les frais.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.