En accueillant le premier Institut Confucius de Suisse et en inaugurant un nouveau master en études asiatiques, l’Université de Genève veut s’imposer comme un centre de compétence international d’études du monde chinois. C’est du moins l’ambition affichée par les initiateurs de ces projets qui répondent à une demande de plus en plus forte des milieux économiques et scientifiques mais aussi d’un plus large public pour l’enseignement du chinois. C’est une excellente nouvelle.

L’émergence de la puissance économique chinoise explique en grande partie cet intérêt pour une civilisation trop longtemps cantonnée dans le champ d’un orientalisme réservé à quelques spécialistes. Il est grand temps de comprendre la façon de penser non pas des prochains maîtres du monde, comme le craignent certains, mais d’un peuple qui retrouve naturellement un rôle dominant dans les affaires internationales.

L’Université de Genève, l’IHEID et l’EPFL ont en réalité déjà défriché le terrain. Mais la grande nouveauté est le partenariat avec des institutions chinoises pour créer une entité originale. Cette association n’est pas sans risque. Les Instituts Confucius essaiment dans le monde depuis quelques années. On peut les considérer comme de simples pendants de l’Alliance française ou du Goethe Institut destinés à faire rayonner la langue chinoise. Mais ils sont plus que cela. On ne peut ignorer qu’ils représentent, comme le dit Pékin, «un volet important de la propagande chinoise à l’étranger». S’interroger sur les risques d’instrumentalisation par un régime non démocratique est donc légitime.

Ce pari a déjà été tenté par de nombreuses universités européennes sans que cela crée de problème. La nature particulière de l’Institut Confucius de Genève incite pourtant à plus de prudence. Le fait que celui-ci doit se conformer à la loi suisse mais aussi chinoise a ainsi de quoi surprendre. De quel droit la loi chinoise peut-elle s’appliquer sur le sol suisse? Comment la législation d’un Etat liberticide va-t-elle s’adapter aux exigences de la liberté académique? La réponse des intéressés est plutôt vague.

Pour inviter Confucius à la table de Calvin, il faudra s’assurer que la liberté de conscience l’emporte sur toute forme d’autocensure. La coopération ne doit pas empêcher les rapports de force. La libération hier de l’artiste Ai Weiwei, sous la pression internationale, en est la meilleure preuve. ö Page 3