Opinion

Le congé paternité, un bon départ dans la vie de famille

Le congé paternité est une mesure nécessaire, financièrement raisonnable et qui ferait progresser l’égalité entre l’homme et la femme, soutient Adrian Wüthrich, président de Travail.Suisse. Le syndicat lance une initiative populaire dans dix jours

A fin avril, le Conseil national a refusé par deux fois l’introduction d’un congé paternité, passant complètement à côté du souhait de la population: 80 pour cent des votants veulent un congé paternité payé (selon une étude représentative de Travail. Suisse). La situation actuelle est moyenâgeuse: la paternité aujourd’hui est mise par la loi sur le même pied qu’un déménagement. Dans le cadre des «congés usuels», le nouveau père se voit octroyer un congé d’un ou deux jours.

La naissance d’un enfant modifie l’équilibre de toute famille. La présence du père à la maison après la naissance est absolument nécessaire. Il soutient la mère, s’occupe du nouveau-né, et peut-être aussi des frères et sœurs. Il prend ses responsabilités.

Un congé paternité s’impose

Plus tard, le père a aussi besoin de temps: pour organiser, par exemple, la garde des enfants, pour les acclimater au jardin d’enfants, aménager la chambre d’enfants chez les grands-parents ou être là pour l’enfant, si celui-ci est malade. C’est une erreur de prendre sur ses vacances pour remplir ces tâches. Les vacances sont faites pour le repos et constituent un pilier important de la protection de la santé. Un congé paternité s’impose donc.

Un véritable congé paternité est aussi d’actualité. Quatre semaines de congé paternité – réparties en jours à prendre souplement dans l’année qui suit la naissance – sont encore très loin de constituer une politique familiale à toute épreuve, mais c’est déjà un pas dans la bonne direction.

Une mesure en faveur de l’égalité entre hommes et femmes

La souplesse de la mise en œuvre permet de tenir compte de la situation familiale spécifique. Au contraire de la discussion sur le congé parental, c’est avant tout une démarche pragmatique en faveur des familles, qui s’intègre facilement dans le système actuel.

Le congé paternité est aussi d’une grande utilité pour la société. Si les pères s’engagent dans les activités familiales dès la naissance d’un enfant, les relations familiales en seront d’autant plus stables et résistantes. Si les mères se voient déchargées de certaines tâches par leur partenaire dès le premier jour, elles seront mieux prêtes à retourner à la vie active après leur congé maternité.

Un congé paternité favorise donc l’égalité entre homme et femme et l’exercice d’une activité rémunérée des mères (mot d’ordre: main-d’œuvre insuffisante). Parmi les gagnants figurent avant tout les PME, piliers importants de l’économie suisse.

Pour le prix d’un café

Nombre d’entreprises, il est vrai, ont reconnu le besoin et institué un congé paternité. Mais il s’agit presque exclusivement de grandes entreprises. Elles peuvent se le permettre. La solution qui passe par les allocations pour perte de gain (APG) ferait que tous les salariés et leurs employeurs financeraient solidairement le congé paternité, ce qui permettrait aux PME aussi de l’instaurer pour leurs employés.

Dans son rapport de 2013, le Conseil fédéral évalue à 380 millions de francs le coût d’un congé paternité de quatre semaines (28 jours d’indemnité journalière), soit 0,12 pour cent de la masse salariale de la Suisse, ce qui se traduirait par un prélèvement de 0,06 pour cent sur le salaire de l’employé. Pour un salaire mensuel de 6000 francs, cela équivaut à 3,60 francs, le prix d’un café. Il est logique de financer le congé paternité avec les APG comme on le fait pour le congé maternité. Un congé paternité est donc réalisable.

Après le Non du Parlement, le peuple doit réinscrire le congé paternité à l’ordre du jour des débats politiques. Une large alliance de la société civile réunissant des femmes, des hommes, des familles, des organisations de travailleurs lance donc le 24 mai une initiative populaire réclamant un congé paternité de quatre semaines. Elle peut montrer au Parlement que le congé paternité est un besoin de la société d’aujourd’hui.

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