Conférence de conciliation

Congé paternité: comme une envie de pleurer

OPINION. Le Conseil fédéral persiste et signe: il ne veut pas d’une prestation inscrite dans la loi, c’est ce qu’il a répété jeudi dernier. Etudes, sondages, arguments économiques, rien n’y fait. Qui en paie le prix?

Existe-t-il un pacte scellé entre parents consistant à garder sous silence les premiers instants du nourrisson, afin d’assurer la pérennité de l’espèce? Ne pas s’étaler sur le temps rétréci, le sommeil évaporé, les pleurs hiéroglyphiques du bébé ou ce sourire qu’il ne peut pas encore décrocher. Au centre du nouveau monde trône le nouveau venu, et son estomac. Merveilleux. Vertigineux.

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Crevons l’abcès

Mais aujourd’hui, crevons l’abcès, car le Conseil fédéral vient de refuser une nouvelle fois tout congé paternité, même de deux maigres semaines. Pour lui, pas question que la Suisse reconnaisse le rôle des pères à la naissance d’un enfant. Nous sommes les derniers en Europe? Une particularité suisse, s’exclame-t-il. Et de vanter notre flexibilité… pour les entreprises.

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L’arrivée d’une femme supplémentaire au Conseil fédéral n’aura été d’aucun secours. Karin Keller-Sutter avait beau considérer «naturel de faire tout ce que ses frères pouvaient faire», elle ne voit visiblement pas les choses ainsi lorsqu’il s’agit pour les hommes de pouponner dans la sphère privée. Aucun effet non plus la batterie d’arguments de la Commission fédérale pour les questions familiales (COFF), qui a démontré l’effet positif d’un congé parental sur la santé de l’enfant, le partage des tâches, la reprise d’une activité professionnelle par les mères, la productivité et même les rentrées fiscales.

Un sine qua non de l’égalité

Entre deux tétées, je trépigne: comment peut-on laisser tomber les mères, seules devant cette tâche sans répit, après qu’elles ont vécu une telle expérience physiologique? Quid des quelque 15% de femmes qui souffrent de dépression postnatale, sans partenaire pour les décharger à la maison?

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En plein congé maternité, je réalise par l’expérience que son pendant masculin, au-delà de la chance pour les pères de construire un lien avec leur progéniture, est un soulagement significatif pour les femmes, un sine qua non de l’égalité. Un partage des tâches essentiel pour traverser ces premiers temps et aborder les suivants, comme le retour à la vie active. Un de ces sujets déconsidérés par la politique. Voilà pourquoi de nombreux couples modernes font un bond dans le passé en sortant de la maternité.

Sur le lien père-bébéLa grossesse, l’affaire des pères

Mais les pleurs retentissent déjà, la fenêtre d’écriture se ferme et je cours rejoindre celui qui a besoin de moi.


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