On a posé un nouveau doigt sur Mars sous la forme d’un robot fouilleur chargé de récolter des échantillons de roches martiennes qu’on ira rechercher quand ils seront prêts, dans deux ou trois ans. L’espace légendaire du ciel devient opérationnel. On peut le voir au télescope jusqu’aux limites des galaxies, le mesurer, positionner ses composantes et leur donner une forme. On peut s’y déplacer loin au-delà de la Lune. La perspective terrestre cède devant la perspective interplanétaire.

Les images de l’amarsissage de l’astromobile Perseverance, le 19 février, ont mis 11,5 minutes-lumière pour arriver sur les écrans de la NASA. Lorsque les ingénieurs de la salle de contrôle se sont levés pour applaudir, l’événement avait déjà eu lieu, onze minutes et demie plus tôt. Entre le moment où l’engin était censé se poser et le moment où ils l’ont vu posé, il a fallu que la lumière ait franchi les 55 millions de kilomètres qui nous séparent de lui en ligne droite. Pour qui attend la réussite ou l’échec d’une mission extraordinairement complexe et onéreuse, ces onze minutes sont interminables. Elles sont très courtes au regard de l’infiniment loin de l’espace galactique. Elles sont un quasi-instantané au regard de l’histoire.