Chronique masquée

Comment le Conseil d'Etat vaudois a anesthésié le débat politique

La campagne électorale qui s’achève n’a soulevé aucune des questions qui pourraient fâcher. Finances, impôts, environnement, il y avait pourtant de quoi faire

Cette campagne électorale qui se termine frappe les observateurs par sa tranquillité. C’était prévisible. Avec six magistrats sortants sur sept qui se représentent et une sortante qui s’apprête à quitter le pouvoir contre son gré, la continuité au sommet de l’Etat de Vaud est favorisée. Un canton qui bénéficie d’une prospérité que ses voisins lui envient n’a pas besoin de révolution.

Un fonctionnement en quasi-autarcie

Les bons résultats économiques et le satisfecit général n’expliquent cependant pas complètement l’atonie des combats politiques: s’y ajoute le caractère lisse du fonctionnement du collège gouvernemental, qui gomme les aspérités. Rien ne sort des délibérations qui ne soit strictement contrôlé et les arbitrages qui sont menés en son sein ne font l’objet d’aucune contestation, car les deux principaux partis gouvernementaux sont muselés au niveau de leur députation.

Lors de l’inauguration du nouveau parlement, ce journal analysait que le Grand Conseil n’est plus qu’une chambre d’enregistrement des décisions gouvernementales. Plusieurs séances du Grand Conseil ont été annulées ces derniers mois, faute de matière et d’enjeux. Même les débats budgétaires parfois homériques dans le passé ne font plus aucune vague.

Ce gouvernement sans contre-pouvoir fonctionne donc en quasi-autarcie, comme une boîte noire, en se gardant d’évoquer publiquement les sujets qui fâchent. Il faut qu’un ancien collaborateur de Pascal Broulis lâche quelques bribes d’information à la télévision romande pour que le couvercle se soulève quelque peu. Ce proche du ministre des Finances a fait un aveu peu anodin, en expliquant que les deals passés entre son ancien patron et Pierre-Yves Maillard permettaient à ce dernier de bénéficier de parts importantes des budgets de fonctionnement, au détriment des autres chefs de département. On n’a jamais vu aucun député, même ceux des prestigieuses commissions de gestion ou des finances, s’émouvoir de ce déséquilibre.

Des questions laissées en suspens

Les exemples de questions sans réponses sont nombreux. Qui pilote la politique de l’asile dans le canton? S’agit-il de Philippe Leuba, accusé par ses alliés de l’UDC d’être trop laxiste, ou plutôt de la majorité rose-verte, qui impose ses vues au chef du Département de l’économie et du sport? De même, que fait une écologiste à la tête de la police et de la justice, et quelles sont les raisons de ce curieux casting qui met une PLR à la tête de l’environnement et de l’aménagement du territoire, dossier clé du développement futur du canton, où la majorité politique pourrait imprimer davantage sa marque?

Que ce collège gouvernemental soit solidaire au point de gommer les nuances politiques est, on le sait, une des conséquences des années 1990 où les magistrats en place se déchiraient sur la place publique. Sans doute qu’il y a un aspect très rassurant pour les Vaudois de savoir que leur maison est bien gardée. Mais cette anémie du débat politique empêche toute remise en question. Ces dernières semaines, aucun parti, notamment à droite, n’a profité de la campagne électorale pour thématiser la question d’une baisse d’impôt, alors que les caisses de l’Etat sont pleines. La crainte de rouvrir une boîte de Pandore et de réveiller des blessures encore vives emporte tout, sachant que les programmes d’économies lancés dans les années 90 avaient été durement ressentis dans certains milieux.

Un des enjeux de cette élection est de savoir qui va diriger l’Ecole vaudoise, puisque c’est le seul département potentiellement vacant. Là également, le débat semble réduit aux seules visions contrastées des deux principaux challengers. Mais la question n’est-elle pas plus fondamentale? Est-ce vraiment une bonne idée que de confier un des départements les plus lourds et les plus difficiles au nouveau venu, quel qu’il soit? Ce gouvernement est efficace par beau temps, mais rien ne dit que les nuages ne vont pas revenir ces prochaines années.

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