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Le Conseil d'Etat vaudois in corpore, le 1er novembre 2017.
© Jean-Christophe Bott/Keystone

La vie à 30 ans

Le Conseil d’Etat vaudois, mieux qu'une fin de couple

OPINION. L’affaire Broulis et ses suites, la liste des appels téléphoniques des magistrats avec la presse, permettent d’inventer un système de délation interne. Notre chroniqueuse en est consternée

Jeter un œil sur le téléphone d’un autre parce qu’il traîne sur une table et qu’il est allumé, je ne dis même pas que ça ne m’est jamais arrivé, par curiosité malsaine ou jalousie non assumée. Mais j’ai toujours détesté cela. Je m’en suis sentie honteuse, un peu salie. J’ai trouvé cela faux et stupide, parce que cela ne m’a rien apporté de concret, de vrai ou d’honnête: la vérité n’est jamais dans les smartphones, c’est même le contraire.

Ils ne sont au mieux que l’écume des choses et des gens, une sorte de surface en friche, de représentation tronquée, de prothèse électronique. Quand on est à deux, je suis de celles qui pensent que si l’on commence à jouer à cela, autant laisser tomber: fouiller le téléphone de l’autre, c’est le signe de la fin du couple.

Huit appels en absence

Alors, à sept, comment vont-ils faire, les conseillers d’Etat vaudois? Par quelle folie, à «l’unanimité», ont-ils imaginé régler leurs problèmes en faisant vérifier les factures téléphoniques de leurs portables? Tout ça parce que l’un d’eux, Pascal Broulis, entend préserver sa «sphère intime» plutôt que d’expliquer aux contribuables-électeurs comment il s’y prend pour payer moins d’«impôt heureux» que les autres.

Pourquoi ont-ils accepté et qu’entendent-ils démontrer? Que des conseillers d’Etat parlent avec des journalistes? Je me souviens d’un jour de vacances à Rome où j’ai sorti mon portable en fin de journée pour découvrir, plutôt amusée, que j’avais huit appels en absence de l'un des sept magistrats. Ce sont des choses qui arrivent.

Il existe un article constitutionnel qui garantit le secret de rédaction

Se rendent-ils comptent, les membres du Conseil d’Etat, à quel point ils ne brisent pas seulement leur confiance interne, agissant de la sorte, mais aussi le lien entre eux et la presse? Parce que leur numéro de «je te fouille les factures parmi» est supposé être un moyen de trouver les fuites, des noms des journalistes, ceux qui finissent par donner des infos dans le journal que vous lisez.

Ohé, le Château: il existe un article dans la Constitution qui garantit la liberté de la presse. Et son alinéa 3 précise que le secret de rédaction est garanti. J’aimerais que les sept ministres relisent tout cela au moment d’inventer leur système de délation interne. Parce qu’ils sont en train de signer mieux qu’une fin de couple: une très pénible fin de règne pour Pascal Broulis et le gouvernement du canton de Vaud.


Chronique précédente:

Un si long «grounding», de Swissair à «EasySwiss»

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