Conférence de conciliation

Au Conseil des Etats, la force de la tradition orale, parole de nouvelle arrivée

OPINION. La Chambre haute du parlement fédéral est particulière, avec des règles particulières. Figurant pour la plupart dans aucun règlement, elles se transmettent de représentant en représentant pour perpétuer une culture politique. Découverte

Il y a les lois écrites, limpides et tranchantes, et il y a les traditions orales, impénétrables. Dans le Palais fédéral, il y a le Conseil national, franc et bruyant, et il y a le Conseil des Etats, avec son halo de mystère. Quand on se tient devant le Café Vallotton qui les sépare, on ne s’y trompe pas. De la droite provient une nuée de courses intempestives, de caméras et micros emmêlés, de lobbyistes. De la gauche l’écho du silence.

Si vous prenez cette direction, vous trouverez, sobrement disposé sur chaque pupitre, un ouvre-lettres. Privilège des sénateurs, que je n’ai pourtant pas encore osé employer, de peur de briser l’attention épaisse qui entoure les travaux de la Chambre des cantons. Dans notre antre où les journalistes ne devraient faire que passer, on se sent parfois délaissés, au point d’oublier qu’on nous observe. Quand une loi majeure est adoptée à l’unanimité, sans débat, comme ex-conseillère nationale, on s’étonne de lire de gros titres dans la presse du lendemain. Il s’est donc bel et bien passé quelque chose, même si les émotions sont rentrées et les changements sans fracas.

Le lustre sur nos têtes

Dans ce groupe resserré, il faut d’abord être intégrée. Une enquête s’impose, minutieuse mais discrète, pour comprendre les us et coutumes qui sont la règle ici, sous le lustre en fer forgé pesant de sa tonne et demie sur nos têtes. Il y a des prescriptions évidentes: ordinateurs interdits. Et il y en a d’autres, soumises à interprétation: tablettes autorisées, mais sans travail ostensible. Et il y a celle-ci, qui fait gloser: les nouvelles et nouveaux élus ne devraient pas prendre la parole lors de leur première session parlementaire. A la voir écrite, on aurait envie de donner un bon coup de pied dans la fourmilière.

Mais on se reprend aussitôt, avec retenue et prudence; si c’est pour ne plus jamais être écoutée, prendre la parole ne sert à rien. En fait, le Conseil des Etats, c’est aussi une certaine idée de l’efficacité. Alors, à défaut de pouvoir parler, on rumine certes un peu dans la barbe qu’on n’a pas, mais on s’accroche à l’intime conviction que ce sont aussi ces règles qui font la réussite de cette Chambre. Et qui sait, une fois qu’on les aura percées à jour, peut-être louera-t-on à notre tour leurs mérites. D’ici là, l’enjeu est de ne casser aucun œuf sur son passage.


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