Éditorial

Au Conseil des Etats, un duo vaut mieux qu’un duel

ÉDITORIAL. L'élection au Conseil des Etats pose la question de la complémentarité des élus et de la représentation du canton à Berne. À deux du même bord, on parle d'une même voix mais on risque de frustrer une partie de l'électorat du canton

Les seconds tours de l’élection au Conseil des Etats, en Suisse romande, sont plus que jamais emblématiques de ce vieux questionnement. Vaut-il mieux envoyer à Berne sur les sièges dévolus à chaque canton un duo cohérent, du même camp ou bord politique? Ou est-ce plus efficace de risquer le duel partisan, les antagonismes, mais en restant plus en phase avec les sensibilités de l’électorat?

Le fonctionnement majoritaire à deux tours tend à privilégier la première option. Et les perdants, on vient de le voir en Valais, crient alors à une relative «injustice»: le PDC valaisan garde par exemple 100% des sièges alors qu’il ne représente qu’un tiers de l’électorat.

Lire aussi: Haut et Bas-Valais: Je t’aime, moi non plus  

Dimanche prochain, trois cas de figure mettront cette arithmétique à l’épreuve. A Fribourg, le socialiste Christian Levrat ne cache pas qu’il aimerait voir reconduite l’équipe assez «proportionnelle» qu’il forme depuis quatre ans avec le PDC singinois Beat Vonlanthen: il y voit une addition des réseaux. A Genève, le duo rose-vert qui tient les sièges aux Etats depuis trois législatures a viré en tête: Lisa Mazzone et Carlo Sommaruga vantent l’addition de leurs forces. Dans le canton de Vaud règne un suspense autour du siège du PLR Olivier Français, arraché à un duo lui encore rose-vert il y a quatre ans.

Lire l'article lié: Dernière chance pour la droite lémanique

La question de fond demeure délicate. Le Conseil des Etats n’est pas représentatif des rapports de force partisans, il sert à représenter les cantons aux Chambres fédérales. Historiquement, même, la compétence de nommer leurs délégués à Berne revenait au Conseil d’Etat. Ainsi, c’est connu, la Chambre haute encaisse moins bien les secousses électorales que le Conseil national. Et tant mieux. C’est bien autour de deux tempos différents, celui d’une Chambre basse plus réactive, celui d’un sénat plus conservateur, que se construit une certaine harmonie démocratique suisse.

Demeure la houle des modes politiques, de l’air du temps, ou des mutations sociales profondes, comme la vague féminine et écologiste qui a éclaboussé le 20 octobre. Quoi qu’il en soit, le peuple semble souvent plébisciter les duos. Il y voit une paire gagnante capable de s’entendre plutôt que de s’annuler. Un duo, c’est deux. Un duel, c’est souvent zéro.

Publicité