Dans quatre ans, plus de la moitié du Conseil fédéral aura été renouvelée. Creux de l'été aidant, les spéculations sur les prochaines démissions ont démarré. Elles visent surtout l'actuel président, Johann Schneider-Ammann, qui vit une année éprouvante, n'a jamais véritablement «habité» la fonction et aura 65 ans en février.

Cet ancien industriel reconverti à la politique sans l'avoir vraiment voulu enchaîne les déplacements à l'étranger et a, charge présidentielle oblige, hérité cette année de l'épineux dossier européen. On part du principe qu'il n'ira pas au terme de la législature.

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Ce sera d'ailleurs une bonne chose pour son parti, le PLR, qui disposera le moment venu de bonnes candidatures: la Saint-Galloise Karin Keller-Sutter, déjà en lice en 2010 mais insuffisamment réseautée à Berne à l'époque, le Grison Martin Schmid, l'Appenzellois Andrea Caroni, ancien bras droit de Hans-Rudolf Merz, ou encore le Zurichois Ruedi Noser.

En place depuis 2006, Doris Leuthard ne devrait pas s'éterniser au Conseil fédéral après sa deuxième année présidentielle, en 2017. Encore jeune – elle aura 54 ans –, elle verra de belles possibilités de reconversion s'offrir à elle. On s'attend ainsi à un double départ, séparé ou coordonné, avant le renouvellement quadriennal de 2019.

Le remplaçant de Doris Leuthard sera un homme

Des politiciens de Suisse orientale et de Suisse centrale défendent l'idée d'une démission simultanée afin d'ouvrir le jeu et de favoriser l'élection de représentants de leurs régions. C'est légitime. Même si la provenance géographique n'est pas un critère absolu, il faut admettre que la Suisse romande (trois conseillers fédéraux), le canton de Berne (deux) et celui d'Argovie (Doris Leuthard et le chancelier) sont surdotés.

Il y a cependant d'autres éléments à prendre en compte. D'une part, il est préférable de nommer des personnalités fortes et robustes, traits de caractère dont n'est pas pourvu Johann Schneider-Ammann. D'autre part, il faut redonner au gouvernement la sensibilité féminine qu'il est en train de perdre.

Faute de candidates PDC convaincantes, Doris Leuthard ne sera pas remplacée par une femme. En 2019, Ueli Maurer s'en ira et c'est vraisemblablement un mâle UDC qui lui succédera. Il n'est pas impossible que Didier Burkhalter renonce à solliciter un nouveau mandat. Il aura alors passé dix ans au Conseil fédéral. Où sont les femmes latines prêtes à prendre le relais?

On court ainsi le risque qu'il n'y en ait plus qu'une – Simonetta Sommaruga – alors qu'elles étaient cinq en 2011, la chancelière incluse. C'est pour cela que, bien qu'elle ne souhaite pas être une seconde fois candidate, Karin Keller-Sutter conserve toutes ses chances de succéder à Johann Schneider-Ammann.

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