Parfois, chez les crapauds, quelques individus choisissent une autre voie de migration que l’ensemble de leurs congénères. Et offrent ainsi une possibilité de survie supplémentaire à l’espèce. Ce sont les «crapauds fous». Chez les humains, rares sont les individus, et encore moins les organes de gouvernement, qui, face aux crises sanitaire, économique, financière, osent remettre en question un comportement habituel et coutumier. Voire se hasarder dans des voies jusqu’ici inexplorées, mais souvent risquées. Puisque la prise de risque n’est pas dans sa nature, on ne reprochera donc pas au Conseil fédéral de s’être cantonné à des mesures habituelles mais éprouvées pour affronter une pénurie de l’énergie qui se dessine depuis un an. Efforts individuels pour économiser le chauffage ou réduire la consommation des appareils électroniques, taxation des consommateurs pour les réserves hydroélectriques, garantie de l’Etat pour les entreprises à risques systémiques. Pouvait-on attendre de Berne d’assumer le risque d’une stratégie plus juste socialement et plus efficace pour la transition énergétique? «La Suisse est dure avec les faibles, faible avec les forts», disait le libéral-radical Benoît Genecand.