Les départs d'Ueli Maurer et de Johann Schneider-Ammann, qui ne poursuivront pas leur mandat au-delà de cette date en raison de leur âge, pourraient être complétés par ceux de l'actuelle présidente Doris Leuthard, si elle ne s'en va pas avant, et du second ministre PLR Didier Burkhalter, qui aura alors passé dix ans dans un gouvernement dans lequel il a sérieusement hésité à siéger.

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En ces temps troublés et incertains, alors que Donald Trump s'apprête à donner aux Etats-Unis un nouveau rôle sur la scène internationale, alors que la sécurité chancelle sur le continent, une certaine continuité est nécessaire à la tête du pays, et celle-ci ne peut se limiter à la reconduction des deux représentants du PS et de Guy Parmelin.

Il serait donc souhaitable que les conseillers fédéraux échelonnent leurs successions afin d'éviter un bouleversement trop brutal en 2019. Dans cette perspective, les partis, en particulier le PLR et le PDC, seront bien inspirés d'envisager un départ anticipé et coordonné de la doyenne de fonction, Doris Leuthard, et d'un des libéraux-radicaux, a priori du plus âgé des deux.

L'actuel gouvernement a été passablement malmené par le dossier qui constitue l'enjeu principal de ce début de législature: la mise en oeuvre de l'initiative sur l'immigration. Les trois ministres concernés au premier chef par ce dossier, Simonetta Sommaruga, Johann Schneider-Ammann et Didier Burkhalter, avaient des agendas différents. La cohérence de l'action gouvernementale s'en est ressentie. Le Conseil fédéral essaie aujourd'hui de retrouver son leadership en s'aventurant sur un terrain mouvant, celui du contre-projet à l'initiative Rasa, qui propose de biffer l'article constitutionnel sur l'immigration.

Mais il n'a pas retrouvé son unité: en proposant deux variantes, il confirme ses hésitations. Or, un nouveau vote, destiné à clarifier la question de la primauté des accords bilatéraux ou des restrictions migratoires, aura lieu. Quel qu'en soit le résultat, les tensions promettent de durer, entre une UDC qui crie à la violation de la volonté populaire et une majorité politique qui refuse d'envoyer le pays dans le mur de l'enfermement.

En 2019, l'UDC devra désigner un successeur à Ueli Maurer pour compléter le tandem que l'ancien président du parti, resté provocateur, compose avec le «gentil» Guy Parmelin. Il voudra présenter un «méchant». Les autres partis doivent se préparer à affronter cette échéance qui s'annonce rugueuse. C'est en réglant avant terme la succession de deux de leurs représentants, plutôt que celle de la seule Doris Leuthard, qu'ils seront le mieux armés pour y faire face.

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