La pause politique estivale, qui s’exprime dans toute sa splendeur, laisse de la place pour les spéculations sur la succession de Didier Burkhalter. Celles-ci sont alimentées par la section tessinoise du PLR, qui a choisi de ne présenter qu’un seul prétendant, le chef du groupe parlementaire Ignazio Cassis. En voulant sécuriser sa candidature, la direction du PLR cantonal place les sections romandes devant un dilemme. Si elles considèrent qu’il est juste de désigner un italophone, elles restent en retrait.

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Cette posture est tout à fait justifiable. D’une part, elle part du constat que, avec trois conseillers fédéraux, la Suisse francophone est actuellement surreprésentée au gouvernement. D’autre part, elle prend acte du fait que les papables romand(e) s viennent d’un canton disposant déjà d’un magistrat fédéral – Vaud pour Isabelle Moret et Jacqueline de Quattro, Fribourg pour Jacques Bourgeois – ou auraient peut-être de meilleures chances plus tard – le Genevois Pierre Maudet, qui n’a que 39 ans et n’est pas aussi connu à Berne que certains observateurs romands le supposent.

Ces mêmes observateurs reconnaissent d’ailleurs, dans leur majorité, que le moment est venu de désigner un Tessinois, le canton du sud des Alpes étant confronté à une pression économique et migratoire qu’aucune autre région du pays ne connaît.

Mais les sections romandes peuvent aussi considérer qu’elles pèsent davantage que la cellule tessinoise. Le président du PLR vaudois, Frédéric Borloz, ne se prive pas de rappeler que sa section est «deux fois plus grande» et «plus forte» que celle d’outre-Gothard. Vaud est aussi le seul des trois grands cantons à ne pas avoir eu deux conseillers fédéraux simultanément depuis que la clause cantonale a été abolie en 1999. Zurich et Berne ont déjà été chacun doublement représentés, par Moritz Leuenberger et Christoph Blocher puis Ueli Maurer pour le premier, par Simonetta Sommaruga et Johann Schneider-Ammann pour le second.

La phalange vaudoise peut faire valoir un autre argument: elle dispose, avec Isabelle Moret et Jacqueline de Quattro, de deux papables féminines de valeur, ce qui permet de souligner l’importance de l’équilibre des sexes au sein du gouvernement. De 2008 à 2011, le Conseil fédéral était composé de quatre femmes sur sept membres et d’une chancelière. Six ans plus tard, elles ne sont plus que deux et le chancelier est un homme.

Comme il paraît probable que, le moment venu, Doris Leuthard sera remplacée par un homme, il est important de débattre de cette question. En se satisfaisant de la candidature unique d’Ignazio Cassis, le PLR tessinois prend ainsi un risque: celui de voir son champion contesté par une libérale-radicale romande dont la légitimité reposerait sur un atout complémentaire à ses compétences et à sa latinité.

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