Editorial

Conseil fédéral: l’heure des femmes

Suite au départ de Doris Leuthard, il se pourrait que le Conseil fédéral ne compte plus qu’une seule femme. Le choix du PLR tessinois devrait inciter les Romandes à s’engouffrer dans la brèche. Notre éditorial

Le 22 septembre 2010, la socialiste Simonetta Sommaruga (PS) succède à Moritz Leuenberger au Conseil fédéral, dont quatre des sept membres sont désormais des femmes. Comme de surcroît la chancelière d’alors est Corina Casanova, celles-ci savourent ce moment vraiment historique: la Suisse entre dans le club des rares pays du monde dirigés par une majorité de femmes. Ce jour-là, on se dit que plus jamais la question des genres ne se posera au gouvernement.

Une analyse en 2010: Valse bernoise au Conseil fédéral

Sept ans plus tard, le réveil est brutal pour les femmes. Du quartet Calmy-Rey, Widmer-Schlumpf, Leuthard, Sommaruga, il ne restera selon toute vraisemblance que cette dernière lorsque l’actuelle présidente de la Confédération, Doris Leuthard (PDC), qui vient de confirmer son prochain départ, aura effectivement démissionné.

A ce propos: Doris Leuthard, une étonnante démission programmée

Un affront aux femmes

Une femme sur sept! Ce serait un recul de trente-trois ans dans le temps, à l’époque d’Elisabeth Kopp, élue en 1984. Il est inimaginable de faire cet affront aux femmes, surtout à l’heure où on leur demande d’accepter une hausse de l’âge de leur retraite de 64 à 65 ans et de fermer les yeux sur la discrimination salariale – chiffrée à 7000 francs en moyenne par femme et par année – dont elles sont encore victimes sur le marché du travail.

A cet égard, le PLR doit se remettre en question sans tarder. Ces quinze dernières années, il a laissé trop de candidates se faire humilier alors qu’elles avaient toutes indéniablement une stature de femme d’Etat: Christine Beerli en 2003, Martine Brunschwig Graf en 2009 et Karin Keller-Sutter en 2010. Ce n’est pas un hasard si le nombre d’élues PLR siégeant à Berne chute. Pourquoi de jeunes talents comme Emilia Pasquier, directrice de Foraus, ou Flavia Kleiner, coprésidente d’Opération Libero, préfèrent-elles s’engager dans des mouvements citoyens alors qu’elles partagent les valeurs libérales du PLR?

Ouvrir la voie à une candidature féminine

Dans la succession de Didier Burkhalter, le PLR se doit de présenter un ticket mixte à l’Assemblée fédérale. En lançant Ignazio Cassis sans parler une seconde de la présence des femmes au Conseil fédéral, les Tessinois poussent les Romandes à s'engouffrer dans la brèche. Les Vaudoises Jacqueline de Quattro et Isabelle Moret ont toutes deux ont fini par s'attirer le respect de leurs pairs malgré tous les préjugés dont elles ont souffert au début de leur carrière.

Même si le Tessin est légitimé à retrouver le Conseil fédéral après 18 ans d'absence, une candidature romande et féminine rappellerait que les femmes PLR patientent quant à elles depuis 28 ans. Un échec honorable n'aurait rien de dramatique, il pourrait même augurer une victoire future. En annonçant très tôt son départ, Doris Leuthard a peut-être voulu faire passer un message implicite à son collègue Johann Schneider-Amman pour l'inciter à démissionner en même temps qu'elle. Alors que le PDC n'a pas de candidate naturelle pour le Conseil fédéral, ce double départ permettrait au PLR d'imposer une candidature féminine, celle de Karin Keller-Sutter.

Dossier
Succession de Didier Burkhalter: l'élection d'Ignazio Cassis au Conseil fédéral

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