L’élection du successeur de Pascal Couchepin s’inscrit au­jourd’hui dans un contexte plus mouvementé et pourrait être plus lourde de conséquences qu’on ne l’avait prévu à la fin du mois de juin. La présidence du Parti libéral-radical y a certes mis du sien, mais peut-être avait-on trop hâtivement conclu que, après l’élection et la «désélection» de Christoph Blocher, les choses étaient revenues à la normale.

Le monde politique comme ceux qui l’observent et le commentent ont beaucoup de peine à raisonner en dehors du contexte de la formule magique et à imaginer que l’on puisse renouer avec des affrontements politiques tels qu’ils étaient, dans leur forme et leur signification, dans la première moitié du XXe siècle. Tous sont excusables.

L’élection d’aujourd’hui présente d’étranges similitudes avec celle de 1998. Héritier naturel de Jean-Pascal Delamuraz, Pascal Couchepin avait, personne n’en doutait, l’envie, le format, l’étoffe, l’expérience, la légitimité nécessaires pour être élu au Conseil fédéral. Cela ne l’a pas empêché d’avoir, sur sa droite, la concurrence d’un adversaire qui avait la faveur de l’UDC, le Neuchâtelois Claude Frey, et sur sa gauche celle d’un candidat surprise un peu plus glamour dans le registre intellectuel et universitaire, le Genevois Gilles Petitpierre. La polémique sur l’appartenance cantonale remplaçait alors celle d’aujourd’hui sur la langue.

S’agissant de l’élection au Conseil fédéral, la mémoire collective est riche en rebondissements, retournements, trahisons et candidatures inattendues, au point qu’il est tacitement admis que la «nuit des longs couteaux» fait partie de la procédure officielle. Mais même ses péripéties les plus inattendues sont demeurées jusqu’ici dans un registre purement événementiel. L’architecture et le fonctionnement du système n’étaient pas remis en cause.

Est-ce toujours le cas? Une victoire du PDC le 16 septembre serait-elle une péripétie supplémentaire ou sonnerait-elle les trois coups d’un vrai drame, avec du sang et des larmes pour le Parti libéral-radical et la promesse d’une forme de déstabilisation du régime de concordance?

Ce n’est clair pour personne. Ce qui ne facilite pas la tâche des commentateurs et surtout pas celle des acteurs, qui n’ont peut-être pas tous pleine conscience des enjeux.

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