Discret jusque dans l’étalage de sa frustration, Didier Burkhalter était déjà las de se coltiner les assurances sociales. Le conseiller fédéral radical n’y a pourtant transpiré que deux ans. Il jette un peu vite l’éponge, avec un bilan plutôt mince même s’il a su rétablir le calme et la confiance après le passage agité de son prédécesseur, Pascal Couchepin.

Le Neuchâtelois se décale aux Affaires étrangères, et il laisse ces boulets que sont les primes maladie, les retraites, l’assurance invalidité ou le deuxième pilier au socialiste nouvellement élu, Alain Berset. La gauche a des raisons de se réjouir. Elle reprend à la droite un département clé, dépensier, politiquement sensible, où se prennent des décisions cruciales qui touchent immédiatement le porte-monnaie des ménages suisses.

Le vieillissement de la population et l’incertitude économique imposent pourtant des réformes a priori impopulaires si l’on souhaite préserver le caractère durable de nos régimes sociaux. Alors, un cadeau empoisonné? Un premier pas positif serait que le socialiste désidéologise la discussion. Il a quatre ans devant lui, assez pour prendre quelques risques. La bonne surprise serait de le voir initier des solutions inédites, capables de rallier de nouvelles majorités au parlement et devant le peuple. Le profil consensuel du Fribourgeois, sa fraîcheur et son réalisme ne lui seront pas de trop pour convaincre, à commencer par son propre parti. Le moment est particulier pour la gauche, au défi de repenser équitablement la solidarité sociale dans un contexte où les ressources diminuent alors que les besoins augmentent. La rocade impose aux socialistes de participer et non de trop facilement s’opposer; elle suppose de leur part un sens accru des responsabilités.

Le même raisonnement s’applique à la droite, embarquée, à contre cœur, sur le terrain des Affaires étrangères, dicastère qu’elle a longtemps tenu pour négligeable. D’un tempérament plus réservé, plus consensuel et plus prudent que Micheline Calmy-Rey, Didier Burkhalter aura à pacifier un monde politique suisse profondément divisé au sujet du positionnement de la Suisse dans le monde et surtout face à l’Europe. La relation de l’Union européenne avec notre pays s’est dégradée et l’économie helvétique a des raisons de s’en inquiéter. C’est la grande priorité. Ce n’est pas un mauvais choix de miser sur un radical modéré pour éveiller à certaines réalités ceux qui relativisent les griefs de l’UE et rêvent de cimenter un statu quo que Bruxelles n’accepte plus. L’air de rien, la petite rocade peut faire souffler une brise nouvelle sur le Conseil fédéral.