Un coup d’œil sur la conférence de presse du 24 février en dit plus long que n’importe quel discours: au premier jour de l’agression militaire russe en Ukraine, alors que l’Occident écarquille ses yeux incrédules, l’intervention du président de la Confédération et chef de la diplomatie, Ignazio Cassis, engendre plus d’incompréhension que de clarté.

Les heures qui suivent renforcent le constat: les départements fédéraux concernés en premier lieu, soit les Affaires étrangères et l’Economie, ne sont pas prêts, et leurs chefs respectifs tardent à choisir leur camp, dans un contexte qui exclut toute neutralité absolue.

Le problème s’étend toutefois au-delà de ces deux responsables, qui sont d’ailleurs peu à peu montés en puissance. C’est l’ensemble du Conseil fédéral qui inquiète. Déjà parce que d’autres ministres n’ont pas rendu une copie immaculée, à commencer par Viola Amherd et son Service de renseignement, qu’elle a décapité pour des motifs opaques, ainsi que Karin Keller-Sutter, pointée par la haute surveillance parlementaire pour son rôle dans le trio de magistrats chargés de la sécurité. Notons que la Saint-Galloise maîtrise son sujet avec l’accueil des réfugiés ukrainiens.

Lire aussi: Guerre en Ukraine: un premier bilan en demi-teinte pour le Conseil fédéral

A l’heure du premier bilan, ce qui ressort, c’est bien un mal collectif. Les lourdeurs de l’administration, prétendues ou réelles, ne peuvent dispenser un gouvernement de délivrer un message intelligible et de fixer un cap. Les documents pour les sanctions ne sont pas prêts? Rien n’empêche d’annoncer ses intentions en attendant la finalisation des papiers juridiques. Ce type de stratégie, le Conseil fédéral y recourt régulièrement. Encore faut-il une dynamique de groupe, un esprit d’équipe, quitte à amener des ministres à réviser leur position initiale.

Lire aussi: Le Conseil fédéral se prépare au scénario électrique du pire

Préfère-t-on au contraire laisser certains collègues foncer droit dans le mur pour se réserver les lauriers? Ou manque-t-on tout simplement de courage politique?

Dans le cas de la guerre en Ukraine, il a fallu la pression internationale, parlementaire et médiatique pour dérouiller la mécanique. Un schéma connu: dans les dossiers majeurs, ce Conseil fédéral ne fait corps que lorsqu’il a le couteau sous la gorge. C’était le cas lors de la pandémie de Covid-19, où seule l’hécatombe durant la deuxième vague l’a fait bouger, tandis que – à l’inverse – l’échec de l’accord-cadre institutionnel avec l’Union européenne peut s’expliquer entre autres par le fait que les préjudices économiques ne sont pas (encore) suffisamment insistants.

Les mauvaises langues diront que c’est le propre de ce gouvernement: une inclination à se recroqueviller, un réflexe du chacun pour soi. On veut croire au contraire que ce flottement n’était qu’un accident de parcours. Les conseillers fédéraux ne sont-ils pas surnommés les sept Sages?

Lire aussi: La Suisse, toutes voiles dehors en Moldavie

Le Temps publie des chroniques et des tribunes – ces dernières sont proposées à des personnalités ou sollicitées par elles. Qu’elles soient écrites par des membres de sa rédaction s’exprimant en leur nom propre ou par des personnes extérieures, ces opinions reflètent le point de vue de leurs autrices et auteurs. Elles ne représentent nullement la position du titre.