L’Association suisse de politique étrangère vient de publier La politique extérieure suisse au défi du XXIe siècle, un essai sur la situation de la Suisse dans le monde. Confié à une douzaine de spécialistes, l’ouvrage montre la centralité de la question européenne pour la Confédération et les risques majeurs qu’elle encourt à ne pas savoir trancher entre tradition intérieure et nécessités extérieures. Deux des auteurs du livre, Pascal Sciarini et Matthias Oesch, résument pour Le Temps leurs vues de chercheurs en sciences politiques et en droit sur cette question. Notre chroniqueur François Nordmann, membre du comité consultatif du livre, y joint sa propre réflexion.

Le pouvoir de codécision sur la définition de la politique extérieure que la démocratie directe confère au peuple fait de la Suisse un cas à part en comparaison internationale. Dans les autres pays, la politique extérieure est la chasse gardée des autorités – et singulièrement du gouvernement. En Suisse, plusieurs réformes des droits populaires ont progressivement étendu le champ d’application du référendum facultatif en matière de traités internationaux. En parallèle, le nombre d’accords bilatéraux et multilatéraux signés par la Suisse a fortement augmenté. De ce fait, de plus en plus d’enjeux qui étaient auparavant de nature essentiellement interne sont aujourd’hui négociés au niveau international. De plus, de nombreux actes législatifs relevant de la politique interne possèdent en fait une forte composante internationale, à l’exemple des lois qui reprennent à leur compte des règles inscrites dans la législation de l’UE.