EDITORIAL

Conseil fédéral: le retour aux valeurs sûres

Avec Simonetta Sommaruga et Johann Schneider-Ammann, le Parlement choisit des personnalités qui rassurent.

La double élection au Conseil fédéral s’est déroulée dans une atmosphère apaisée, sans grandes intrigues. Sans surprise majeure en vérité, car nul n’était en mesure de contester le siège socialiste ou libéral-radical. Par son choix, le parlement exprime un besoin de stabilité, l’envie sincère de reconstruire une équipe gouvernementale ébranlée par des affaires mal maîtrisées et des démissions bâclées. L’idée d’un Conseil fédéral plus uni et plus crédible aux yeux de la population devenait possible dès lors que les candidat(e)s principaux étaient porteurs d’une telle promesse. L’élection pouvait se dérouler à la loyale. Ce fut le cas. Fait remarquable, le genre, pas plus que l’origine des candidats, n’a joué un rôle déterminant dans cette élection, même si les Verts et la gauche dogmatique, par leur maladresse et leur incohérence, privent la Suisse d’une cinquième femme au Conseil fédéral. Enfin, deux représentants élus d’un même canton abolissent symboliquement l’étroitesse artificielle du bassin de recrutement. Quatre femmes (et même cinq de peu) au gouvernement dans un pays si récalcitrant historiquement à l’égalité des sexes est un message fort: la compétence prime, sans discrimination.

Bien sûr, nul ne peut ignorer que la sérénité d’hier est fragile et provisoire. Les prochaines élections de 2011 sont déjà dans tous les esprits, et la bataille pour l’accession au Conseil fédéral s’annonce féroce, en particulier sur les terres peu stables du centre droit, convoitées par l’UDC. On reparlera donc abondamment de la concordance et de la cohérence politique du Conseil fédéral: la sérénité d’hier ne garantit nullement la sagesse de demain.

L’acquis a contrario: en élisant Simonetta Sommaruga, l’Assemblée fédérale a choisi une personnalité que l’on devine cartésienne dans sa façon d’affirmer ses principes et d’aborder les questions politiques, d’où la relative froideur décrite par certains. Sa grande indépendance, ses écarts dogmatiques avec ses camarades de parti et son combat contre les grands lobbys auraient pu tout autant la desservir. Mais ses positions claires l’ont au contraire avantagée, car elles apportent au Conseil fédéral le talent dont ce pays a besoin. Simonetta Sommaruga a dominé son élection; elle était simplement la meilleure à gauche.

Le choix de Johann Schneider-Ammann ne surprend pas. Il était le candidat idéal des radicaux pour gérer l’après-crise financière. Entrepreneur à succès dans l’industrie des machines, représentant de l’économie que beaucoup aiment décrire comme «réelle» pour mieux se démarquer de la finance et soignant ses relations avec les syndicats, il incarne cette Suisse laborieuse, consensuelle, qui réussit à l’étranger, conservatrice dans ses valeurs mais performante.

L’échec de Karin Keller-Sutter, privée de finale avec son colistier pour deux petites voix, n’est pas anodin pour les libéraux-radicaux. Ils ont perdu l’occasion d’élire une personnalité qui les aide à grandir, à se confronter à des thèmes politiques où ils sont à la traîne et même souvent à la remorque de l’UDC. La fraîcheur et la franchise de Karin Keller-Sutter vont cruellement leur manquer en 2011. La candidate saint-galloise n’était peut-être pas la meilleure en absolu, mais elle offrait au parti, et par conséquent au Conseil fédéral, une plus grande plasticité politique dans une Suisse urbaine et contrainte à l’ouverture.

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